Maître de conférences à Sciences-po Paris et chercheur à l'Iris, Kader A. Abderrahim analyse les résultats des élections législatives de vendredi. Il estime que «cette nouvelle consultation électorale a rempli sa mission principale de légitimation du système en place».
-Le taux officiel de participation aux législatives ' 42,36% ' annoncé par le ministre de l'Intérieur est-il significatif de la situation réelle '
Dans la mesure où le seul moyen dont nous disposons, pour nous livrer à l'analyse, ce sont les résultats transmis par le ministère de l'Intérieur, c'est notre seul point de départ. Les partis qui ont pu avoir des militants dans les bureaux de vote pourront peut-être livrer d'autres chiffres. Quoi qu'il en soit, près de 60% d'abstention ce n'est pas anecdotique, c'est un message politique et il faudrait que les dirigeants algériens entendent et analysent ce message. Dans la capitale, 70% d'abstention c'est carrément un boycott, un rejet total du régime et de ses pratiques.
-Quelle analyse faites-vous du «remodelage» des forces politiques dessiné par les résultats des législatives '
Peut-on réellement parler de remodelage ' En fait, on assiste à un retour aux sources avec un FLN triomphant, comme au temps du parti unique, un RND en force d'appoint, des islamistes instrumentalisés et marginalisés.
Les islamistes algériens se voyaient désormais dans un rôle central ; ils devront se contenter de jouer les figurants. Le FIS, vainqueur des législatives de décembre 1991 annulées par l'armée, est hors jeu, mais ses avatars «modérés» ont le vent en poupe. Comme le Mouvement de la société pour la paix (MSP) de Bouguerra Soltani, qui participe au gouvernement depuis 1997. Avec Abdelaziz Bouteflika, il est devenu l'un des piliers de l'Alliance présidentielle aux côtés du FLN et du RND. C'est dans cette stratégie de participation aux «affaires» qu'il faut chercher les raisons de l'échec des islamistes, perçus par une partie de l'électorat comme comptables du bilan présidentiel au même titre que le FLN ou le RND.
-En effet, les résultats des législatives confortent l'Alliance présidentielle et relèguent les islamistes à la troisième place, alors que le FFS n'obtient que 21 sièges. N'est-ce pas ce que souhaitait le président Bouteflika pour poursuivre ses réformes '
On a beaucoup de mal à suivre les circonvolutions qu'empruntent les dirigeants algériens pour tenter de comprendre les motivations qui les animent. Une chose est sûre : le FLN et le RND ont une majorité absolue et rien ne les oblige à faire des alliances. Dans le fond, rien ne change et cette nouvelle consultation électorale a rempli sa mission principale de légitimation du système en place. Pourtant, il ne faut pas négliger les capacités d'action de la société qui a acquis une capacité de mobilisation pour faire valoir ses revendications. Compte tenu des circonstances, on assiste au développement d'une démocratie protestataire, nous sommes encore loin de la démocratie parlementaire. Quant aux réformes que vous évoquez, il faut rappeler que la plupart des textes sont destinés à éviter une autonomie de la société par rapport à l'Etat. Si la contagion du Printemps arabe a épargné le pays grâce au pétrole qui a permis d'acheter la paix sociale, elle ne constitue pas un projet politique, un dessein ou une ambition et ce calcul repousse les problèmes aux calendes grecques.
-Comment analysez-vous les déclarations du président Bouteflika à Sétif : «A partir d'aujourd'hui la mission de ma génération est finie» et «cinquante ans après l'indépendance, le rôle des moudjahidine qui ont libéré le pays est fini» ' Les résultats des législatives ne traduisent-ils pas plutôt une continuité du modèle et du projet politiques ' L'alternance et le changement ne sont-ils pas simplement formels '
En effet, comme beaucoup d'observateurs, j'ai été surpris, agréablement, par l'adresse à la nation du président de la République le 8 mai dernier. Malheureusement, les résultats des élections et le faible taux de participation viennent nous rappeler à quel point ce régime est sclérosé et autiste. La défiance à l'égard des responsables politiques fait craindre un dérapage, pourtant il n'y a pas de fatalité, l'évolution par le compromis est possible. Il est temps, pour les dirigeants de l'Algérie, d'entendre le désir de changement du peuple.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadjia Bouzeghrane
Source : www.elwatan.com