Cette 23e édition du Fespaco (Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou) est à nos yeux l'occasion rêvée pour rendre hommage à un ami, à un authentique enfant du Burkina qui a pour nom Gaston Gaboré. Le Burkina Faso, ce grand pays, ce pays d'hommes intègres comme nous aimons tous à le souligner, a donné naissance à de grands hommes, des étalons et Gaston, pour nous, est de ceux-là. Gaston a eu la chance de naître, de grandir et de vivre avec le Fespaco, lequel lui a donné l'envie irrésistible de faire des films et le besoin terrible de s'exprimer. C'est lui-même qui disait toutes ses volontés, ainsi que tous ses désirs en des mots bien simples il y a seulement quelque temps : «S'adresser au plus grand nombre. Comme a dit le poète, le jour où on est capable de parler aux gens de son terroir avec les mots de tous les jours, paradoxalement, ce jour-là on acquiert la capacité de parler au reste du monde.»
Pour notre part, nous nous contenterons, aujourd'hui, de relater quelques moments forts et inoubliables vécus avec Gaston à l'occasion des nombreux Fespaco auxquels nous avons participé. Le premier, le plus marquant bien sûr, est celui que nous avons vécu dans la petite salle de projection du Centre du cinéma du Burkina, vingt places à peine, que dirigeait Gaston à l'époque, lorsque le Président, Thomas Sankara, suivait les projections à nos côtés.
Cet immense homme informé et cultivé, qui aimait les films et appréciait beaucoup la compagnie des cinéastes, nous retenait longtemps après la fin des projections pour des discussions-débats sur le cinéma, son rôle, son but, sa vocation, son sens, son impact sur nos populations et surtout nos jeunes et il aimait dire et répéter à nos créateurs que finalement, eux et lui avaient le même travail, le même devoir. Le deuxième moment fort que nous n'oublierons jamais n'a pas eu lieu à Ouaga, et il faut prononcer «ouagha» comme les enfants du Faso, mais à Alger, à la Cinémathèque où Gaston était venu présenter son magnifique et poétique film Wênd Kûuni (Le don de Dieu) son premier long métrage, en 1983.
Tout a bien sûr fonctionné merveilleusement, les projections, les débats, les articles de presse, ce qui a donné beaucoup d'assurance à l'ami Gaston, lui qui était si jeune et si timide. Il avait vite repéré que les Galeries algériennes, situées juste en face de la Cinémathèque, avaient un rayon «photo-cinéma», grand bazar dans lequel on pouvait tout trouver, y compris les pièces détachées et appareils de projection cinématographique 35 mm. Gaston nous demanda alors de lui offrir quelques pièces détachées pour les appareils de projection de la petite salle de cinéma de Ouaga que nous aimions tant.
Madjid, ce jeune géant d'un mètre quatre-vingt-dix et cent vingt kilos, responsable des services techniques de la Cinémathèque, qui assurait seul la maintenance et l'entretien de toutes les cabines des salles de répertoire de la Cinémathèque (une vingtaine en tout), chargé par nos soins d'assister Gaston dans ses achats, revint cinq minutes après leur départ, le bon de commande et le stylo à la main et les yeux grands ouverts pour nous avertir que notre ami avait en réalité commandé toute une cabine de projection en pièces détachées. Nous lui avons bien sûr donné notre feu vert, ce dont nous sommes fiers encore aujourd'hui. Pour notre troisième petite histoire, nous retournons à Ouagadougou pour un beau et insolite moment vécu en cette ville hospitalière et accueillante.
A la fin d'une longue journée, très longue même, qui avait commencé dès dix heures le matin pour se terminer à deux heures du lendemain, comme dans ces cas-là, il n'y avait pas que la nuit qui était bien noire, le patron du Maquis petit bar, restaurant sympathique où nous nous trouvions, nous conseilla de rejoindre notre hôtel avec l'aide d'un «taxi-piéton».
Nous voilà donc à quatre et à pied à rire aux éclats, marchant derrière un jeune qui non seulement nous indiquait le chemin, mais en plus, nous arrêta pour le casse-croûte de l'aube, côtes d'agneau, poulet grillé dans un pain chaud de la première boulangerie qui venait d'ouvrir ses portes. Notre espoir est qu'aujourd'hui, les participants au 23e Fespaco vivent d'autres moments beaux et émouvants et rencontrent Gaston Gaboré.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boudjema Karèche
Source : www.elwatan.com