Mercredi soir. 23 h. D'Alger en liesse, ce SMS d'une jeune fille de 20 ans à ses parents : « Je vous remercie de me laisser vivre C moments. La joie fuse 2 partout. C beau ! Je vous aime. Merci 2 m'avoir fait naître en Algérie ! » Qui aurait imaginé, il y a peu, de tels messages '
Par quel miracle des morceaux de cuir cousus en sphère et remplis d'air, logés par un pied dans un filet, peuvent provoquer un tel chambardement national et jeter à la rue, comme un seul homme, un peuple entier ' Parcourant les rues dans cette nuit sans pareille, deux réponses me sont venues, parfaitement à leur place dans une chronique culturelle, si l'on veut bien considérer que la culture ne se limite pas aux arts et lettres. La première est que l'immense majorité des Algériens sont des jeunes. Comme la jeune fille du SMS, ils sont nés et ont grandi dans la période sombre de l'Algérie. Leurs parents ont connu l'Indépendance, le Panaf 1969, la victoire en 1975 au championnat méditerranéen, le plein emploi, le livre subventionné, la participation à la Coupe du monde de 1982, les logements encore disponibles... Subissant certes le revers de leurs illusions, ils avaient néanmoins joui de la sérénité et d'une certaine aisance. Eux sont nés dans la crise économique, le terrorisme, le doute, la peur, la réduction des niveaux de vie et des espaces publics et même, une série de catastrophes naturelles ! Bref, en pleine désillusion, sans joie de vivre et surtout sans écoute.La deuxième est qu'aucun peuple ne peut vivre sans une forme ou une autre d'estime de soi et de motifs de fierté. Les inégalités socioéconomiques, les disparités culturelles, la ségrégation sexuelle, les conflits de générations, les batailles syndicales, les luttes politiques et tout ce que l'on voudra, tiraillent, comme partout ailleurs, le champ social. Mais, en l'absence d'un cadre commun de représentation, chacun de ces antagonismes peine à se résoudre dans ses propres limites et se trouve, de suite, projeté dans l'univers national. Qu'un extrait de naissance tarde au guichet et on entendra son titulaire proférer des insanités contre le pays, « Bled Mickey » étant la moins infamante. Ailleurs, la victime vocifère contre le service d'état civil' Cela s'explique par notre retard démocratique et l'avènement difficile du statut de citoyen. Mais la mise à mal de la culture patriotique que des générations avaient accumulée dans la douleur et le sang, avant qu'elle ne soit vidée de son âme par des cérémonies protocolaires bureaucratiques et ringardes aux yeux des jeunes, est pour beaucoup dans cette désincarnation de l'être algérien. Pour preuve, la tristesse de nos 5 Juillet et 1er Novembre quand tous les peuples de la terre ont créé des rites populaires joyeux et consensuels. Or, voilà que onze bonshommes nous démontrent que le patriotisme n'est pas mort mais qu'il ne peut se nourrir du seul passé. Voilà que ces mêmes onze amènent 35 millions d'autres à peindre sur les façades l'emblème national. La dernière fois, c'était il y a 47 ans, par un juillet radieux qui ressemblait furieusement à ce novembre.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ameziane Ferhani
Source : www.elwatan.com