
Alors que son message du 24 février se voulait quelque peu rassembleur lorsqu'il évoquait la nécessité d'un «front intérieur» face aux défis internes et externes, voilà que Bouteflika développe un tout autre ton, d'une rare agressivité : il brandit le bâton devant l'opposition accusée «d'effrayer» la population et devant les médias qui manquent, selon lui, d'«éthique professionnelle».Comme il dit être «dans l'obligation d'user de fermeté et de rigueur», il n'est pas exclu, donc, que dans les prochains jours, il ordonne d'accentuer la répression contre tous ceux qui, dans le pays, protestent, critiquent et revendiquent, quels que soient leur revendication, leur démarche, leur lieu. Les opposants organiquement regroupés au sein de la CLTD seront bien entendu en première ligne de la vague répressive, Bouteflika ne supportant pas leurs appels constants à une élection présidentielle anticipée. Ali Benflis, qui reste sa bête noire, sera empêché par tous les moyens de créer son propre parti politique et même des personnalités alliées un temps, à l'image de Louisa Hanoune, subiront, elles aussi, le courroux présidentiel.Après un certain retrait dicté essentiellement par son état de santé, Bouteflika semble vouloir revêtir l'habit de l'autocrate qu'il affectionnait durant les premières années de son règne, lorsqu'il faisait intervenir de manière sanglante la cavalerie contre les arouch, quand il actionnait la justice de la nuit pour éliminer ses opposants politiques, lorsqu'il exfiltrait des proches à lui, tel Chakib Khelil, le pilleur des hydrocarbures, qu'il imposait à l'Algérie et au FLN des individus, à l'image de Amar Saadani, ou enfin qu'il reste sourd devant les plaintes des populations du Sud, redoutant qu'avec le gaz de schiste elles ne soient encore les cobayes sanglants de l'Algérie.A l'égard de la presse, Bouteflika renoue avec son attitude méprisante lorsqu'il traitait les journalistes de «tayabate el hammam», les privant ? à ce jour ? d'interview, y compris ceux de la presse publique et parapublique. Cette fois-ci il monte d'un cran, parlant ouvertement de répression alors même que les lois du pays protègent les hommes et les femmes des médias dans l'exercice de leur métier, les renvoyant comme les autres citoyens à la justice lorsque des dépassements éthiques sont constatés.Son ministre de l'Information a fait une liste de médias à abattre ; quelques journaux ont déjà été interdits ou suspendus, d'autres sont soumis depuis une année à un étranglement financier par le biais de pressions et de menaces sur les annonceurs publics et privés, y compris étrangers.Qui bafoue l'éthique dans ce pays qui n'a jamais vu d'élection libre ' Un rapport de l'Union européenne a révélé récemment les pratiques honteuses et illégales lors de la dernière élection présidentielle, pour ne citer que celle-là. L'ensemble des scrutins depuis une quinzaine d'années est concerné par la fraude, érigée en règle par le système : aujourd'hui à bout de souffle, privé de sa manne financière, il n'a de solution à proposer que la répression.Et cela annonce des jours sombres pour le pays qui n'a pas besoin d'un caprice dictatorial mais d'un véritable «front intérieur» pour affronter la crise économique annoncée et l'inquiétante avancée du terrorisme djihadiste.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com