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Jérome Phelps, responsable de l'Ong Detention Action 'Les Algériens sont plus exposés aux détentions de longue durée"



Jérome Phelps, responsable de l'Ong Detention Action                                    'Les Algériens sont plus exposés aux détentions de longue durée
Longs délais de détention. Dans un rapport sur les rétentions abusives qu'il a adressé en janvier dernier au rapporteur de l'Organisation des Nations unies sur les droits de l'Homme, M. Phelps a cité le cas d'un compatriote dont la durée d'incarcération, quatre ans et onze mois, constitue un record.
Il estime que l'univers carcéral des centres de rétention est propice au développement de troubles mentaux chez les sans-papiers. Il accuse les services migratoires d'ignorer les lois en matière de détention. Il a adressé en janvier dernier un rapport accablant à l'ONU.
Jérome Phelps dirige depuis huit ans l'organisation Détention Action (DA) qui milite pour un traitement plus humain des étrangers dans les centres de rétention pour les immigrés clandestins et les défend devant les tribunaux. Parmi ses clients figure un certain nombre d'Algériens, qui endurent, selon lui, les plus longs délais de détention. Dans un rapport sur les rétentions abusives qu'il a adressé en janvier dernier au rapporteur de l'Organisation des Nations unies sur les droits de l'Homme, M. Phelps a cité le cas d'un compatriote dont la durée d'incarcération, quatre ans et onze mois, constitue un record. 'Les services de l'immigration ont refusé de le remettre en liberté en dépit du déclin de sa santé mentale et de la difficulté de son expulsion", nous apprend-il. Arrivée devant la Haute-Cour britannique, l'affaire de cet Algérien identifié comme Sino a néanmoins connu une issue positive. Les juges ont estimé que son séjour prolongé en cellule était à la fois injustifié et arbitraire. Ils ont ordonné son élargissement.
'Les Algériens sont gardés plus longtemps que les autres en détention pour des raisons liées à la difficulté de confirmer leur nationalité par le biais de leur ambassade et à la longueur des procédures de demandes d'asile", explique le responsable de Detention Action. Cette organisation était connue auparavant sous le nom du London Detainee Support Group (Groupe de soutien aux détenus). En septembre 2010, elle avait réalisé une enquête sur le quotidien sombre des sans-papiers dans les centres de rétention. Elle a recueilli les témoignages poignants et pleins de désespoir des pensionnaires.
L'un d'eux est un Algérien qui se prénomme Rabah. Son récit fait froid dans le dos. 'Certains pensent au suicide. D'autres se coupent les veines ou se jettent dans le vide. Tous les jours, des personnes sont envoyées à l'hôpital. Ce sont des choses que j'ai vues et elles m'affectent terriblement. Je m'efforce de ne pas sombrer dans le désespoir. Mais, quelquefois, je me dis qu'il vaut mieux en finir. Je ne sais pas si un jour je sortirai d'ici et comment sera mon avenir. J'ai tout tenté. Des avocats ont plaidé mon cas sans succès. J'ai écrit des dizaines de lettres pour alerter les autorités sur ma situation. Mais elles sont restées sans écho. Je ne compte plus les jours. Derrière ces murs, nous sommes des condamnés à perpétuité", a-t-il confié. Cela faisait 18 mois que le sans-papiers était incarcéré. La nuit dans sa cellule, il croyait entendre des voix. Son enfermement a affecté son sens de discernement au point de se faire prescrire des antidépresseurs.
'Nous n'avons pas assez d'expertise pour affirmer si vraiment la détention est à l'origine des troubles mentaux des sans-papiers. Mais elle y contribue sûrement. Les individus qui ont déjà des problèmes psychologiques sont les plus vulnérables", explique M. Phelps. À ses yeux, les services de l'immigration sont coupables à plus d'un titre. Il les accuse de violer allègrement les lois et les conventions sur les droits de l'Homme. Pis, selon lui, les autorités font leur possible pour adapter les textes afin de les rendre plus permissifs. Il en est ainsi d'une loi sur la détention exceptionnelle des individus qui ont des maladies mentales. Elle a été amendée de façon à ce qu'uniquement les individus dont les troubles sont 'ingérables", échappent à la détention. Les autres doivent s'armer de courage et de patience pour éviter à leurs nerfs de lâcher. Mais dans la plupart des cas, cet exercice est vain. Detention Action a récolté en 2009 d'autres témoignages de sans-papiers, où ils racontent leur descente aux enfers. 24 détenus ont été interviewés. Leurs récits ont mis à nu une profonde détresse psychologique. Certains ont décrit l'environnement sordide qui les entoure. Ils disent avoir assisté à des scènes de mutilation et des tentatives de suicide impliquant des copensionnaires. D'autres présentaient des symptômes de dégénérescence mentale. Ils ont affirmé entendre des voix, avoir des troubles de mémoire, parler à eux-mêmes et avoir été tentés quelquefois de mettre fin à leur vie. Les plus chanceux, ils sont une minorité, ont réussi à quitter l'univers carcéral des centres de rétention, suite à une décision de justice. Leur libération est souvent le fruit d'une longue bataille judiciaire qui est rarement réglée par les tribunaux de première instance, dont les décisions de liberté provisoire en faveur des incarcérés sont exceptionnelles. Dans un ultime recours, les sans-papiers en détention se tournent vers la Haute-Cour.
Me Phelps révèle qu'entre 2009 et 2011, cette juridiction a tranché 15 fois en faveur de l'élargissement de détenus, estimant que leur enfermement prolongé était injuste, compte tenu de l'impossibilité de les renvoyer dans leurs pays.
'Pour éviter de payer des pénalités, les services migratoires anticipent quelquefois les décisions de justice en libérant volontairement les sans-papiers", précise le responsable de DA qui apprend, par ailleurs, que UK Border Agency a dépensé 12 millions de livres sous la forme de frais judiciaires et de compensations.
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