« Je me souviens comme si cela datait d?hier, de mon entrée à l?école»: voilà une phrase qui résonne perpétuellement dans ma tête à chaque fois que je passe devant l?école de mon enfance.
Quelques jours auparavant je faisais connaissance, pour la première fois avec les Galeries Algériennes et l?escalier mécanique: une vraie féerie. Les beaux habits, les mannequins immobiles bien vêtus fixant les visiteurs émerveillés sans vraiment les regarder et les étals scintillant de beaux livres et de boîtes de crayons de couleur. Et puis le grand jour de la rentrée scolaire avec le soulier neuf «James Bond» marron qui fait déjà mal aux pieds ou des clarcks, le nom et le prénom collés au tablier noir d?une file d?élèves au garde-à-vous dans la cour encore chauffée à blanc par un soleil de septembre tenace. La classe avec des photos superbes et des animaux invraisemblables dormant pour l?éternité dans les bocaux de formol et le maître au regard sévère est droit comme sa règle menaçante. L?appel de chacun par son nom de famille, les petits de taille à l?avant et les grands au fond de la classe. La cour à dix heures, les cris, les jeux de mains sous le regard altier caché par de grosses lunettes du directeur que tout le monde appelle Missieu. L?après-midi, le soleil est déjà pâle et le sommeil menaçant. Long dialogue de ana Ouhibou Oumi, entre Malik et Zina dont les représentations figées sont accrochées à un tableau plus bleu que le bleu du ciel.
Quatre décennies plus tard c?est les baskets à 9.000 dinars, le pantacourt, (une offense jadis tout comme le port du jeans) à 3.000 dinars et les cheveux «enveloppés» de gel. Le maître souriant et le directeur est submergé par les sollicitations des parents qui veulent même choisir les classes et les profs qui leur conviennent. Il n?en n?est plus question de cantine où l?on mangeait gloutonnement la soupe chaude, la loubia ou le lait en poudre, mais bien d?un Sabira de gruyère et de yaourt à 10 heures. Avant c?était la disette aucun ne pouvait avoir dans sa poche plus de 20 centimes, aujourd?hui 50 dinars et plus si ce n?est le portable dans la poche. Avant, l?enfant pouvait être puni sans que la maman ne vienne menacer d?ester en justice l?instituteur qui a osé dire non au bouillonnant élève. Avant, mon défunt père me disait: «Le professeur a toujours raison même s?il a tort», Je me souviens...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El-Guellil
Source : www.lequotidien-oran.com