
Projeté lors du dernier Festival d'Alger du cinéma engagé, le documentaire Je lutte donc je suis de Yannis Youlontas s'inscrit dans la même démarche que son premier film Ne vivons plus comme des esclaves présenté au même festival en 2013.La dette illégale grecque, la misère, les injustices sociales, la trahison du Front de gauche élu en 2014 et les moyens de lutte et d'auto-organisation des militants, principalement anarchistes et antiautoritaires, sont au cœur de ce film qui exalte l'esprit de résistance et fait rêver à une utopie possible. En Grèce comme en Espagne, une partie de la société a décidé de ne plus se résigner devant le machiavélisme meurtrier d'un système mondial déshumanisé.Je lutte donc je suis est un travail collectif réalisé avec très peu de moyens à l'image de cette belle solidarité citoyenne qu'il célèbre. A Athènes, notamment dans le célèbre quartier libertaire d'Exarcheia, dans les montagnes de Crète ou sur les rivages de Thessalonique, le vent de la résistance souffle fort et ébranle la longue nuit de la soumission dans laquelle ont été plongés les Grecs, mais aussi l'ensemble des citoyens européens. Ce même vent nous transporte également en Espagne où la victoire du parti des Indignés «Podemos» n'a pas pour autant affaibli la vigilance des collectifs citoyens qui bataillent chaque jour pour mettre en échec le poids de la dette et de l'austérité. Yannis Youlontas assume le côté militant, voire tracté de son film : de témoignages en témoignages, de chansons en slogans, d'initiatives concrètes en occupation de l'espace public, de manifs en répression policière, le réalisateur est plutôt démonstratif car derrière la caméra, c'est aussi un militant infatigable qui veut transmettre l'ampleur de l'injustice et la beauté de la résistance. On peut donc lui reprocher toutes sortes de travers inhérents à ce genre documentaire : un montage maladroit, un rythme inégal et un aspect «fourre-tout» avec un soupçon parfois pesant d'amateurisme. Mais il s'agit pour le spectateur de transcender la forme pour découvrir une toute autre esthétique : celle d'un peuple qui fait ses premiers pas sur le chemin fascinant de la désobéissance et de la reconquête des droits.Le mérite du film réside curieusement dans ses défauts : la masse d'images et de paroles collectées ici et là en Grèce et en Espagne donne à voir la naissance d'une utopie réelle, effective et offensive. Elle met en lumière un certain nombre de possibilités que l'on a tendance à considérer avec lâcheté ou dédain et qui se dressent, magistrales et indéniables, devant nos yeux.La beauté du documentaire se niche également dans l'agressivité du propos : on est loin des films doucereux et prudes qui affichent des postures et des roucoulades pacifistes comme seul et unique moyen de résister. Yannis et ses compagnons vont au-delà du politiquement correct et rappellent des évidences que l'on feint d'oublier : face à la violence extrême d'un Etat, la riposte violente est légitime, voire nécessaire. En rappelant les faits d'histoire remontant à la dictature des colonels et la répression meurtrière de l'insurrection de 1974, le réalisateur affirme, comme l'a fait Louise Michel un siècle avant lui, que «le pouvoir est maudit» et qu'il n'hésite jamais à écraser, quand de l'autre côté, on ne demande que dialoguer. Ainsi, les vieux préceptes décharnés de la lutte embourgeoisée qui faisait partie des rouages même de la survie du système, sont ici gentiment mis de côté pour donner la parole aux voix discordantes qui représentent sans doute la bataille de demain.Le tout est dit et montré avec une grande tendresse, beaucoup de sérénité et de bonne humeur, mais aussi une détermination sans faille. Je lutte donc je suis est disponible gratuitement sur internet ; les marges financières qu'il génère par ailleurs contribueront aux initiatives citoyennes et au soutien aux prisonniers politiques grecs.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S H
Source : www.lesoirdalgerie.com