Alger - Revue de Presse

Islam blues aux éditions la belle feuille : L'Algérie a le blues



Abdenour Dzanouni nous livre dans son premier roman-scénario, un tableau sans concession d'une Algérie tiraillée entre les appartenances et les identités meurtrières à coup sûr. Il était le fondateur du défunt Mouvement des journalistes algériens et président du Conseil supérieur de l'information ; mais qui s'en est souvenu parmi les jeunes journalistes ' Abdenour Dzanouni revient à la charge et décide de publier Islam Blues aux éditions la Belle Feuille ; un livre percutant qui raconte une histoire tirée d'une réalité, celle d'une Algérie qui n'en finit pas de souffrir. Iconoclaste, l'auteur l'est à coup sûr puisqu'il ne se gênera pas pour bousculer un dogme tout figé. Mais peut-on lui faire le reproche de s'y prendre ainsi ' Pas si sûr, puisque il affirme ne pas trop croire aux miracles. Et il en fait la preuve. Excessif et théâtral, notre Dzanouni ' La réalité l'est beaucoup plus, et l'auteur voulant la romancer ne peut que s'en inspirer.La préface de Islam blues, de 67 chapitres tout touffus, vous en mettra ainsi plein la figure : le marquis de Sade est appelé à la rescousse pour nous parler de ces bigots chevauchant des barils de pétrole et de poudre et partant en croisade contre l'humanité entière. Les religions perdent ainsi, sous la plume de Dzanouni, cette part de mystère et l'auteur ne manquera pas, dans cette perspective, de se jouer des « mythes » monothéistes quand il évoque l'imagerie d'Ismaïl et de son paternel, dans le chapitre appelé Holocauste. Retour au temps présent. New York devient, dans un chamboulement temporel, la mecque des nouveaux anciens-prophètes, convoyés par un Aziz, toujours somptueux. Baltchine, général Khanez et Belkhior, ce sont ces autres « icônes » empruntées à l' Algérie qui n'est jamais loin. Le rapprochement avec les vrais personnages peut vite être fait. S'y essayer n'est guère une sinécure : Baltchine c'est...Sauf que le héros du roman n'est autre qu'un âne, Ahmadou, porté aux nues par une foule dès le début du livre. La foule veut que l'on intronise le baudet à la place du raïs, mais le veut-il ' Rien n'est moins sûr lorsque l'on voit le dédain avec lequel il voit défiler les événements. L'auteur a des projets, en plus de la gestion de la maison d'édition, la Belle Feuille, il publiera une adaptation théâtrale L'Âne (toujours lui) d'or ou les métamorphoses d'Apulée. La fable est utilisée par l'auteur qui lui donnera une autre consonance. Il n'adoptera pas l'ésotérisme propre à Ibn El Mukafa de la tradition arabo-persane, ou même La Fontaine, qui a excellé dans le genre, puisque l'animal existe mais n'a pas cette primeur. Le choix de l'animal ne s'explique pas par une quelconque peur viscérale d'un pouvoir omnipotent cherchant noise aux créateurs'mais par cette envie de caricaturer sans trop offenser. Même un tyran mérite qu'on le ménage, mais pas trop.Dzanouni garde toujours ce verbe haut que reconnaîtront toujours chez lui d'anciens confrères qui ne sont pas restés sur leurs vieilles convictions. « Virer sa cuti » est cette marque d'une presse qui change d'idées au gré des événements ou s'isole en attendant que les choses changent. Dzanouni a fait sa mue, mais s'est mué, lui, en écrivain...
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