
La Bourse d'Alger a connu son premier échec dans l'introduction en cotation d'un nouveau titre, en l'occurrence la Société des ciments d'Aà'n El-Kébira (SCAEK) sise à Sétif. La période de souscription étant arrivée à terme, la société, qui fait partie des huit entreprises publiques déclarées éligibles à l'introduction en Bourse par le CPE, n'a pas réussi à atteindre le taux minimum requis pour valider l'introduction qui est de 20%.Younès Djama - Alger (Le Soir) - La Bourse d'Alger a annoncé la nouvelle dans un communiqué laconique sur son site internet. «Nous informons le public, qu'au terme de la période de souscription de l'opération d'augmentation de capital de la cimenterie d'Aà'n El-Kébira, qui s'est étalée du 13 mai au 15 juin 2016, l'offre a été déclarée infructueuse», a annoncé la Bourse d'Alger en promettant qu'un avis de résultats de l'opération sera publié ultérieurement.La souscription visait, pour rappel, une augmentation de 35% du capital social de cette filiale du Groupe industriel des ciments d'Algérie (Gica), à travers l'émission de nouvelles actions à prix fixe de 1 600 DA/titre. Quelles sont les raisons de cet échec ' Selon Adel Si Bouakaz, P-dg de Nomad Capital, société algérienne développant les métiers de la banque d'affaires, l'échec incombe principalement au mauvais timing dans lequel est intervenue l'opération. «Le timing est un peu mauvais. On sortait d'une opération bien réussie qu'était Biopharm où il y a eu une campagne de sensibilisation plus ou moins importante pour la captation de l'épargne disponible, on lance un nouveau produit qui est celui de la Société des ciments d'Aà'n El-Kébira (SCAEK) et qui, en soi, ne devait pas être inintéressant puisqu'on parle de matériaux de construction, qu'il y a encore de la demande et des réalisations qui sont en train d'être réalisés, que les marges sont aussi intéressantes», explique-t-il. Selon lui, le processus d'introduction en bourse ne devait pas être lancé au même moment que l'emprunt obligataire. «Nous ne sommes pas habitués à mettre sur le marché autant de produits simultanément. Culturellement, ce n'est pas une habitude. Comme le faire pour des dossiers assez importants, d'une part, un emprunt obligataire, et d'autre part, une prise de participations qui n'est pas des moindres puisqu'on parle de 20 milliards de DA», observe M. Si Bouakaz. Selon lui, quelques points posent problème dans le dossier. Notamment que les souscripteurs devaient attendre encore un an pour toucher les dividendes. Aussi, l'opération n'a pas réussi à cause d'une faible campagne médiatique mais également une faible animation de la présentation du produit. «Lorsque l'emprunt obligataire a été lancé (le 17 avril, Ndlr), les banques publiques sont allées sur le terrain voir leurs clients et leur ont présenté l'opportunité. Lors de la réunion à Alger du road show central, le groupe Gica n'était pas présent. Il y avait une faible mobilisation du management de Gica pour la réussite de l'opération», signale notre interlocuteur qui pointe aussi l'absence d'un travail de coaching pour la SCAEK. «Il n'y avait pas le coaching adéquat, on ne fait pas une opération de ce genre tout seul et si vous n'avez pas toute une série d'experts en communication pour faire passer les bons messages, comme convaincre les souscripteurs que c'est un placement pertinent et qu'il y a les marges et la priorité de l'alimentation de la commande publique en matériaux de construction locaux, note Si Bouakaz. Selon lui, le management de la SCAEK, laissé seul, «s'est débrouillé comme il le pouvait».Or, d'après ce spécialiste, le processus d'introduction en bourse, et cela a été prouvé à travers les introductions en bourse d'Alliances assurances, NCA Rouiba et Biopharm, est une opération qui ne doit pas être gérée seulement par le fait du management de la compagnie. «Partout dans le monde, il y a un parterre d'intervenants. On ne fait pas d'introduction en bourse seul, mais en faisant appel à une expertise pour mieux communiquer. L'introduction en bourse d'Aà'n El-Kébira est un échec parce qu'il y a eu une absence de collaboration avec des expertises pointues pour des opérations de cette taille-là . Parce que ce n'est pas une opération facile. Lever pas loin de 200 millions d'euros sur le marché au capital avec une position minoritaire et un dividende qui ne se paiera que l'année prochaine.Yazid Benmouhoub : «le timing n'était pas propice»De son côté, le DG de la Bourse d'Alger, Yazid Benmouhoub, contacté hier, a estimé que le timing n'était pas propice, l'opération intervenant dans une période de grosses dépenses pour les ménages (Ramadhan, Aà'd, vacances). Il écarte, cependant, l'idée que l'échec de l'opération soit aussi associé au lancement de l'emprunt obligataire. «Il y a eu beaucoup de sociétés qui ont souscrit. Peut-être qu'il y a eu aussi un manque de communication de la part de l'entreprise. Ceci est important dans la mesure où l'investisseur qui n'a pas l'information et n'est pas rassuré en terme de communication il ne viendra pas», commente-t-il. La période de souscription ayant été clèturée, l'entreprise n'a pas fait de demande de prolongation, l'opération est donc infructueuse et ne sera pas cotée, insiste le DG de la Bourse. Si les responsables de SCAEK souhaitent reprendre l'opération à la fin de l'année ou l'année prochaine, ils doivent présenter un autre dossier, relève M. Benmouhoub. Le DG de la Bourse écarte l'idée que l'échec de l'introduction en bourse de la SCAEK pourrait influencer négativement les autres sociétés publiques déclarées éligibles à l'introduction en bourse. Selon M. Benmouhoub, des entreprises telles que le CPA, Mobilis, la CAAR, ne devraient pas avoir de difficultés à lever les montants demandés. «D'abord, elles relèvent de secteurs différents et elles sont bien plus connues du grand public.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y D
Source : www.lesoirdalgerie.com