
Autrefois, les maisons d'El Mahroussa, dès les premiers tumultes du printemps, se paraient de leurs plus beaux atours. Telle la chrysalide, la cité de Sidi Abderrahmane Etthaâlibî abandonnait son manteau de vent, de froid, de gel et de pluie pour accueillir à bras ouverts la belle saison, qui reprend ses droits dans une atmosphère chargée de bonne humeur. En sus du lavage biquotidien des rues et ruelles de l'antique cité qui se faisait à grande eau ? d'amont en aval ? par les agents de la mairie, chaque propriétaire de douira s'attelait à faire ressortir au lait de chaux la blancheur immaculée la ville d'Ibn Mezghenna, pour la mettre en relief sur une colline ouverte sur l'une des plus belles baies au monde.Cet écogeste citadin était spontané. Les administrés n'attendaient pas de passer à l'action sur «invitation» ou suite à une note de la préfecture pour embellir leur cadre de vie. C'était une tradition bien ancrée à laquelle nul ne dérogeait. C'était aussi un art de vivre. Tout le monde se mettait de la partie pour revigorer son espace, même les habitations du fahs? L'on se rappelle ces échoppes disséminées dans les ruelles de La Casbah, qui se chargeaient de la vente de chaux vive ramenée du Sud, plus précisément de la région du M'zab, réputée pour ce type de roche calcaire. Je me souviens de ce vieux au visage buriné et fariné par la poussière de cet oxyde de calcium, dévalant depuis son cagibi à Sidi Ramdane les venelles de La Casbah, poussant sa mule aux nasses chargées de pierre de chaux pour vendre son produit qu'on appelait «djir el hammar», auquel on rajoutait du «nila» (poudre de couleur bleu azur), qui conférait une fraîcheur, un éclat particulier et un charme indéniable aux façades des demeures... Chaque pensionnaire de la cité s'affairait à faire renaître la bâtisse qu'il occupe en revêtant du crépi blanc l'espace dans lequel il évolue.Du patio jusqu'à la terrasse ou El menzah, les murs chaulés étaient enjolivés de sarments de jasmin que côtoyaient le géranium, le basilic et el khilli. Un décor enchanteur extra et intra-muros qui ne manquait pas d'inspirer poètes, artistes et troubadours, à l'image de Himoud Brahim, dit Momo, qui taquinait la muse, Hadj M'hamed El Anka, Mostefa Ben Debbagh, Sfaksi et autres Abdelkader Chaou. Le badigeonnage ne consistait pas uniquement à détruire les parasites, sinon servait à entretenir l'espace vital, tout en donnant fière allure à la ??houma'' dont le présent, c'est bien dommage, refuse de s'en accommoder. Un présent aussi insensible que réfractaire au bon usage d'une tradition qui ne semble plus faire plus recette dans Alger devenue «la Blanche maculée».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Tchoubane
Source : www.elwatan.com