Alger - Revue de Presse

Installation Extra muros au Bastion 23



L?échafaudage des regards Lorsque, en 1576, le dey Ramdhan Bacha entreprit de bâtir une façade fortifiée au pied de La Casbah d?Alger, il ne s?attendait pas à ce qu?une portion des édifices soit ainsi détournée, 429 ans plus tard, par une jeune designer free-lance, en l?occurrence Amina Menia. « Cristalliser un moment, déranger l?historique de ce lieu chargé », dit-elle devant l?échafaudage qu?elle a réalisé au Bastion 23 et visible jusqu?au 14 décembre. L?installation, intitulée Extra muros, intrigue. Barres de fer entrelacées s?adossant sur l?une des façades internes de l?édifice restauré du Palais des Raïs, formant une structure saugrenue, mais, en même temps, inquisitrice. C?est ainsi que Amina Menia a échafaudé son plan : greffer du métal industriel sur la pierre barbaresque qui résonne encore des canonnades et des interpellations en françia, langue méditérannéene des marins et corsaires. L?échafaudage est un constant devenir qui fait dire aux assistants techniques de l?artiste : « Quand est-ce que l?expo commence ? » Dialogue avec l?espace et le temps, tentative de sortir la création et ses interrogations des lieux consacrés, cheminement narratif inédit de l?imaginaire du visiteur intrigué, travaille du regard sur l?espace et non seulement sur une ?uvre, confrontation de l??il à une expérience avec l?espace et le temps, tels semblent s?articuler les desseins, avoués, de la designer. « Voici que l?échafaudage, devenu longtemps un élément du décor de nos villes, est tout à coup un lieu d?évocation, de dialogue avec l??uvre d?art architecturale », écrit la critique d?art Nadira Laggoune-Aklouche dans la présentation de l?installation. Le dialogue se noue. Mais, parfois, c?est la dispute lorsque le regard met en perspective la structure des barres de fer et, narguant de l?autre côté de la rue, un mastodonte de béton et de verre en chantier. Des questions s?imposent sur notre rapport à l?espace et au vide. Pourquoi l?architecture, comme expression sociale et culturelle qui a donné des univers comme La Casbah, semble bannie au profit du bétonnage aride et vertical ? Quel rapport développons-nous avec le beau dans notre quotidien ? Quelle place peut investir l?art dans une journée de vie à Alger ou à Tanger ? Alger elle-même, héritage accidenté des fulgurances de l?histoire et de la géologie ? Existe-t-elle en tant que cité ou en tant que sous-articulation administrative ? L?échafaudage, structure nue et imposante, dépouillée et étendue dans l?espace, questionne les contours d?un rapport à nous-mêmes. L?esprit des hommes en tant qu?échafaudage, en tant que toile d?une araignée nommée destin. L?artiste pratique également la photographie et se passionne pour sa ville qu?elle découvre chaque matin et à chaque déclic. L?installation traduit également une histoire d?amour avec la ville labirynthique, posée sur un entrelacs de failles sismiques. Son travail exprime une synthèse mythifiée, le séculaire embrassant le moderne. Pas si mythifiée en fin de compte, lorsqu?on déniche des caméras de surveillance perchées sur les parois du Bastion 23, mais scrutant aussi, avec insolence, la mosquée Ketchaoua, au pied de La Casbah. Ultime question : à quel point l?installation de Amina Menia aurait déstabilisé les bâtisseurs de la forteresse des corsaires ?
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