Les trottoirs de la rue Belouizdad, Belcourt, à Alger, ont presque disparus sous le déploiement quotidien des vendeurs qu?on qualifie d?informels qui tiennent des « tables » ou qui exposent sur des bâches à même le sol. Tout y est proposé aux passants : chaussures, lampes, plats, radios miniatures, fromages, vêtements, tapis, barres de chocolat, fascicules islamiques, jouets, ustensiles de cuisine, brosses à dents, galettes, ballons de foot, lunettes de soleils, coupe-ongles, accessoires de téléphone portable, bijoux de fantaisie, casquettes Nike, vaisselles, lingeries, etc. « On trouve de tout, mis à part ses propres parents », ironise-t-on. Portraits express de trois habitants de la « zone franche » de Belcourt. Amine, 23 ans, habitant de Bab El Oued, a quitté le centre de formation où il apprenait la comptabilité et tient depuis trois mois une « table » chargée d?accessoires de cuisine, rue Belouizdad. Une rue où la circulation est rendue difficile car transformée en bazar débordant des trottoirs sur la route. « Je ne voyais rien venir au centre. Mon grand frère tenait une table ici, puis il a ??gagné?? un visa pour la France, et je voyais qu?il gagnait bien sa vie », dit Amine. Nappes de table, ouvre-bouteilles, boîtes à condiments, moulins à poivre, salières, thermos, cafetières, boîtes clip-clap, etc. « Y a de tout, et pas cher tu vois ! », lance le jeune en jean délavé et tee-shirt Puma, Nike « requin » aux pieds. « Je travaille avec un grossiste de Jolie-Vue (quartier à Kouba), il a une équipe de démarcheurs, des tuyaux au port et une ??usine?? à fabriquer les factures. Moi, je n?en ai pas besoin : dimouqratiya ! (démocratie ! ) », ajoute Amine, qui assure que la concurrence n?existe même pas sous les tropiques des trottoirs de Belcourt. « Y a autant d?acheteurs que de vendeurs. En plus, tu peux facilement changer de créneau et passer au tissu ou aux jouets d?enfants ». Combien il se fait par jour ? « Ce que Dieu ramène. Mon père travaille à la poste, il gagne moins que moi de toute manière », conclut-il. Abderrahmane, 50 ans, habitant de Laâqiba, vieux quartier de Belcourt, tient une « table » où s?amoncellent fausses chaussettes Lacoste, caleçons et lunettes de soleil. « Je ne veux pas retourner là où j?ai travaillé, je ne veux plus voir d?usine », lâche-t-il. Etre comme ça dans la rue ? Son usine qui fabriquait des chaussures a fermé il y a plus de quatre ans. Après, il y a eu « le tremblement de terre (mai 2003), des ennuis avec la vieille femme qui loue la maison et pleins d?autres catastrophes ». Il est responsable d?une famille de huit personnes, parents et quatre enfants plus ses beaux-parents. Il dit gagner dans les 2000 à 1000 DA quotidiennement les meilleurs jours. « Souvent, c?est beaucoup moins, en plus du risque de se faire saisir la marchandise par la police. Il faut perdre beaucoup de temps et d?effort pour se remettre sur pied », explique-t-il. Que pense-t-il du commerce informel ? « Informel ? C?est quoi ça ? Ah ! Etre comme ça dans la rue ? Mais tout le monde est dehors, regarde le monde qui flâne pendant Ramadhan, ces gens-là ne savent même pas où ils vont », lance Abderrahmane, comme vexé par le vocable « informel ». « Pourquoi la mairie ne nous mettrait pas dans un marché, construit en dur, donnant sur la rue principale ? », se demande-t-il citant l?exemple des commerçants de la place des Martyrs qui ont bénéficié il y a quelques mois d?un marché sis à Zoudj Ayoun. Fatima, 43 ans, dit qu?elle est de passage. Assise à même le sol, cette habitante du quartier Cervantes (Belcourt, en référence à l?emplacement de la grotte où se serait réfugié le père de Quichotte) propose des galettes qu?elle s?ingénue à garder encore chaudes, enveloppées dans des torchons de cuisine, à 30 DA l?unité. « Je les fais moi-même, confiance mon frère, c?est très bon », rassure-t-elle. On lui parle d?hygiène, elle sent l?offense. « Tu parles à une femme de bonne famille. C?est le même pain que je fais pour mes enfants », lâche-t-elle précisant que sa fille, 8 ans, l?aide à faire le pain le matin avant d?aller à l?école. Son mari est un chauffeur de taxi. Elle explique qu?elle ne vend du pain que pendant le mois sacré, « pour nous aider un peu », dit-elle. A-t-elle eu affaire à des services de contrôle ? « Pourquoi ce mauvais présage. Tu veux me couper la source de notre survie ?! », répond-elle.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Adlène Meddi
Source : www.elwatan.com