Imaginez que les choses se déroulent le plus normalement du monde, comme cela se passe partout. Au lieu du communiqué laconique publié samedi par le ministère des Finances sur la suspension de la privatisation du Crédit Populaire d'Algérie, on aurait eu Mme Fatiha Mentouri faisant la conférence de presse qu'elle a tenue hier. On aurait eu deux informations capitales: la Citibank, touchée par la crise des subprimes, s'est retirée de la course et le Crédit Agricole a demandé le report de la date de la remise des offres. Â Avec ces deux informations livrées samedi, la décision du gouvernement de surseoir à la privatisation du CPA n'aurait souffert d'aucune ambiguïté. On aurait épargné aux journalistes, éberlués, de chercher très loin des explications ou de conjecturer à n'en plus finir. On aurait surtout évité cette image déplaisante d'un gouvernement velléitaire qui n'a pas l'air de savoir ce qu'il veut. Quelle est donc cette étrange pudeur qui empêchait de dire samedi dernier, dans le communiqué officiel, que Citibank s'était retirée et que le Crédit Agricole, gagnant présumé du match, demandait qu'on lui donne un peu plus de temps ? Avait-on davantage le souci de l'image de ces postulants que celle du pays ? En faisant de la rétention de l'information, le ministère des Finances ne se rendait-il pas compte qu'il donnait le champ à des spéculations de toutes sortes, alors que la décision prise se justifie amplement ? Avec seulement trois acquéreurs en lice, toutes françaises, il est évident que les règles de la concurrence sont altérées et que l'on ne serait pas dans une optique d'optimisation de la cession. C'est juste, mais il fallait le dire et à temps. Il ne suffit pas d'avoir raison, mais il faut le faire savoir avec des arguments. Faudrait-il que les journalistes qui se coltinent ces communiqués laconiques se liguent dans une association contre la langue de bois pour amener les responsables à livrer des informations qui n'ont aucune raison d'être gardées sous le boisseau ? Bien au contraire, on avait toutes les bonnes raisons imaginables de les livrer sans attendre et éviter les spéculations sur les intentions du gouvernement dans ce domaine. A plus forte raison quand il s'agit d'une opération comme la privatisation du Crédit Populaire en l'air depuis le début des années 90, où les prétendants sont des étrangers et qui était observée, à tort ou à raison, comme un test du changement d'optique en matière de gestion du système bancaire. On est désolé de le dire, Mme Fatiha Mentouri a joué la transparence avec 48 heures de retard, suffisamment pour que l'on s'interroge, ici comme à l'extérieur, sur la cohérence de la politique économique et financière du gouvernement. Cela aurait pu être évité sans aucun problème: il aurait suffi de dire que Citibank a fait défection, que le Crédit Agricole n'est plus sûr de son fait. On a du mal à comprendre que ces évidences aient de la difficulté à pénétrer ceux qui ont la responsabilité de gérer, de prévoir et de décider.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com