Alger - A la une

Ils sont venus de partout



Presque toutes les wilayas du pays étaient présentes, hier vendredi, à la marche d'Alger pour célébrer, dans une communion jamais enregistrée jusqu'ici, le 65e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale. Une date historique qui a coïncidé, cette année, avec le 37e acte du mouvement populaire dont l'objectif est de parachever l'indépendance nationale.Rym Nasri - Alger (Le Soir) - Vendredi 1er novembre 2019. Il est midi. L'esplanade de la Grande-Poste à Alger-Centre est noire de monde. Idem pour le jardin Khemisti qui fait face à l'édifice de la Grande-Poste. Tous ses abords et trottoirs sont pris d'assaut par des dizaines de manifestants qui attendent avec impatience le début officiel de la marche de ce 37e vendredi. Installé sur l'un des abords de ce jardin, Rachid, la soixantaine, profite de quelques moments de répit pour casser la croûte. Des olives, du fromage, du pain et quelques bananes, de quoi calmer son estomac avant le début de la manifestation.
«Je suis là pour demander, pour la énième fois, le départ du pouvoir en place», dit-il. Venu, la veille, d'Akbou, dans la wilaya de Béjaïa, ce cadre à la retraite n'en est pas à sa première marche dans la capitale.
Refusant de ne rater la marche de ce vendredi 1er novembre sous aucun prétexte, cet Akboutien a pris le train jeudi matin vers 8h avant d'arriver à Alger à 11h. Après avoir passé la nuit à Dar-el Beïda, chez son ami de l'Université de Milan, il a rejoint Alger-Centre le lendemain matin. «Mon père est tombé en martyr lorsque j'avais deux ans et demi. Je ne l'ai jamais connu et je n'ai jamais connu la joie d'être accompagné à l'école par mon père. Aujourd'hui, cette date représente beaucoup de choses pour moi», ajoute-t-il.
Pour ce père de quatre enfants, la marche d'aujourd'hui ne sera pas en solo puisqu'il a donné rendez-vous à sa fille, étudiante à l'Université de Bouzaréah. «Elle vient souvent marcher avec moi les vendredis quand elle n'a pas des examens à préparer», dit-il.
Convaincu de la légitimité du combat du peuple algérien, Rachid est déterminé à continuer à marcher, jusqu'à ce que sa santé ne le lui permette plus. Il évoque, ainsi, la malvie des Algériens, le chômage, et les dizaines de jeunes harragas qui meurent quotidiennement en mer. «Ils ont tué ce pays et assassiné son peuple. Pourtant, l'Algérie a les moyens pour faire vivre plus de 300 millions d'habitants et pas uniquement 30 millions», dit-il.
Contrairement à Rachid, Bouzid est arrivé de Béjaïa ce vendredi matin. A bord de leur véhicule, le septuagénaire et ses trois enfants, Boualem, Khelifa et Nouredine, ont ainsi pris la route tôt le matin. «Nous avons pris l'ancienne route mais nous avons tout de même été retardés par les nombreux barrages de Gendarmerie nationale. Ils ont vérifié nos papiers d'identité, fouillé la voiture et nous ont même pris en photo. Bref, nous avons été traités comme des terroristes», déplore ce retraité.
«Même durant la colonisation française, nous n'avons pas été traités comme tel !», avait rétorqué le vieil homme aux policiers qui les ont interceptés, lui et ses trois enfants, à la rue Colonel-Amirouche, à Alger-Centre. Malgré tous ces tracas, Bouzid ne cache pas sa joie quant à sa première manifestation dans la capitale. «D'habitude, je marche à Béjaïa alors que mes enfants ont marché à maintes reprises à Alger. Mais pour ce vendredi 1er novembre, je tenais vraiment à marcher moi aussi à Alger», dit-il.
«Ils nous ont menés vers l'oued, et ce, depuis l'indépendance. Aujourd'hui, nous demandons à ce que la justice soit rétablie. Tous les Algériens vivent un malaise que ça soit le jeune ou le vieux, l'homme ou la femme, l'étudiant, le travailleur, le chômeur ou le retraité.» D'ailleurs, ajoute-t-il, «si ceux qui sont au pouvoir étaient des gens biens, ils n'auraient pas laissé le peuple dans la rue depuis maintenant neuf mois !», fait-il remarquer. Quant aux drapeaux, il précisera que l'emblème amazigh est «nos racines», et l'emblème national est «notre sang».
Saâd, Oussama et Fayçal sont trois amis qui arrivent droit de Bordj-Ménaïel, dans la wilaya de Boumerdès, pour marcher en ce 37e vendredi du mouvement populaire, déclenché le 22 février dernier. La vingtaine à peine entamée, ils sont tous les trois chômeurs. Saâd se souvient de sa toute première marche dans la capitale qui remonte au mois de mars dernier.
«C'est ma deuxième marche à Alger. Le 1er Novembre est une date très importante, et il fallait vraiment la marquer par notre présence à la marche de la capitale», explique-t-il. Les autres vendredis, Saâd et ses amis ne lésinent pas sur l'effort pour aller marcher tantôt à Béjaïa, tantôt à Tizi-Ouzou.
Les trois amis reviennent sur leur périple sur la route. Décidé à démarrer jeudi vers 23h avec trois autres amis, le groupe de jeunes n'a pu atteindre Alger que le lendemain vers deux heures du matin. Pourtant, le trajet entre Bordj-Ménaïel et la capitale ne nécessite pas plus de 45 minutes. «Nous avons été ralentis par les nombreux barrages de la gendarmerie qui, à chaque fois, procédaient à la vérification des papiers et à la fouille du véhicule», racontent les trois amis. D'ailleurs, poursuivent-ils, «le dernier barrage que nous avons rencontré nous a obligés à faire demi-tour. Nous avons alors pris une autre route pour contourner le barrage et l'éviter».
Saâd, Oussama et Fayçal affirment qu'ils sont venus dire qu'ils sont contre le pouvoir en place et qu'ils doivent tous partir. «Nous allons marcher en ce 1er Novembre pour confirmer notre attachement à nos revendications, et ce, à la mémoire des martyrs de la guerre de Libération de l'Algérie », s'accordent à dire les trois jeunes de Bordj-Ménaïel.
Ry. N.
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