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Ils sont compliqués ces Américains! NUIT ELECTORALE À L'AMBASSADE DES ETATS-UNIS À ALGER



Ils sont compliqués ces Américains!                                    NUIT ELECTORALE À L'AMBASSADE DES ETATS-UNIS À ALGER
L'événement intervient chaque quatre années. Ce ne sont pas les Jeux olympiques, ni la Coupe du Monde.
C'est un rendez-vous pour assister en direct à l'élection du président du monde. Il s'appelle: «Election night watch party.» Dans leurs ambassades à travers le monde, ils organisent cette nuit des élections. L'ambassade américaine à Alger a été de la partie dans la soirée d'avant-hier Pour la circonstance, un espace à l'intérieur du siège de l'ambassade a été aménagé. Des fauteuils sous forme de salon, plusieurs écrans de télévision ornent les lieux et une lumière tamisée complète le décor pour donner un sorte de Club. La soirée sera longue. Elle se prolongera jusqu'à 5 heures du matin. Des mets et des boissons sont servis.
Les invités affluaient dès 23 heures. Principalement des journalistes, des hommes politiques, et des responsables d'organisation de la société civile. Pas de chef de parti politique. Il n'est pas bon de se montrer en ces temps de campagne électorale pour les municipales dans une ambassade américaine. L'ambiance est très conviviale. Il est 23h, l'ambassadeur, Henry S. Ensher, coiffé d'un beau chapeau américain, traverse la salle, monte dans son bureau avant de redescendre et prononcer une brève allocution. Applaudissements. Il quitte le pupitre et engage une discussion avec les invités et les journalistes. «Of the record», insistent ses collaborateurs. L'air pressé, M.Ensher prend congé et remonte dans son bureau.
C'est la règle; l'ambassadeur américain doit rester dans son bureau jusqu'à l'annonce officielle des résultats. La soirée continue de plus belle. Des conciliabules, des rencontres, des regards furtifs et des discussions s'engagent. Les voix passionnées des reporters de CNN parasitent l'acoustique de la salle. Il faut tendre l'oreille pour entendre son interlocuteur. Le système électoral américain est au centre des débats. Mais fichtre! Pourquoi ces Américains sont-ils si compliqués' «Il faut amender ce système si compliqué. Et puis, pourquoi il n'y a que deux candidats à la présidentielle' C'est un système restrictif puisqu'il n'y a pas de possibilité pour une troisième voix», estime Fayçal Métaoui, journaliste à El Watan. «Que dire de leur manière de voter' Ils sont à l'image de leur système électoral. J'ai lu qu'il y a eu des centaines de tentatives d'amendement mais ils n'y arrivent pas. Cela suppose qu'il existe des forces et des lobbys qui empêchent ce système de changer. Bien sûr, le système arrange les Américains mais l'image qu'il renvoie de la démocratie n'est pas bonne puisqu'il n'est pas représentatif de toutes les tendances», note Karim Kebir, journaliste au quotidien Liberté. Notre confrère reste, cependant, admiratif: «Ils ont une formule géniale: le chaos organisé».
Complexité du système de vote américain dites-vous' «Non, ce système n'est pas compliqué!» tranche l'autre confrère d'El Watan, Hassan Ouali. «C'est un système lié à l'histoire électorale de ce pays. Vu d'Algérie, il nous paraît compliqué car nous sommes un pays habitué au suffrage universel direct. Il nous apparaît moins démocratique mais cela n'empêche pas l'existence d'une démocratie politique très avancée», explique notre ami Hassan avant de lâcher: «Vive Obama!». Du même avis, le directeur du journal on line aglerie-focus.com, Kamel Haddar, juge, lui aussi, que «le système de vote américain n'est pas très compliqué», il le trouve plutôt «élaboré». «Bien sûr, cela demande une pédagogie et puis je ne pense pas que les Américains eux-mêmes s'en plaignent», fait-il remarquer. C'est le contraire de ce que pense notre confrère de la Radio nationale Chaîne III, Zohir Bouzid. «Il est compliqué surtout avec le système des grands électeurs qui peuvent fausser la donne. On a l'impression qu'il y a une élection dans une même élection. Et pour être franc, le vote électronique, je ne fais pas trop confiance. J'ajouterai que les Américains sont naïfs.»
Affable mais aux aguets, la responsable de la communication au niveau de l'ambassade des Etats-Unis à Alger, Rebecca Resnik, s'en tient à la loi. «Oui, notre système est un peu compliqué mais c'est la loi. De toute façon, nous connaîtrons, en fin de soirée, le nouveau président américain», sans plus. C'est le correspondant du journal Al Djazira Essaoudia, Mahmoud Abou Bakr, qui explique: «Ce système vieux de deux siècles a été adopté pour deux principales raisons: la première est que les pères fondateurs de l'Amérique étaient des conservateurs et de ce fait ils avaient une vision élitiste. La seconde c'est que l'adoption du collège électoral permet de maîtriser aussi bien la rue que le président et limiter les pouvoirs du président élu». Cependant, note-t-il, il y a des difficultés d'ordre pratique car «il y a en même temps les élections législatives et cette année, aussi, il faut élire deux candidats à la Cour suprême américaine. Un électeur américain peut passer plus de 20 minutes pour remplir une fiche de plusieurs feuilles». Aussi loquace que lui, le directeur du Centre d'études maghrébines en Algérie Robert P. Parks semble plutôt apprécier le système américain et il a ses arguments. «Ce système a été créé pour promouvoir la démocratie et surtout pour éviter le populisme. C'est ce qui explique la création des grands électeurs. L'idée est que les grands électeurs ont des idées plus éclairées, plus lucides, plus averties et moins subjectives pour le bien de l'Amérique. Ensuite, il faut prendre en compte que les Américains sont d'accord avec ce système, ils ne le dénoncent pas». Trois heures du matin passées, la salle est maintenant clairsemée. Les paupières s'alourdissent, seuls les téméraires restent. Encore deux heures avant de connaître le nouveau président du monde. Vers 4h 00 du matin, CNN annonce la victoire d'Obama dans l'Ohio. Combinée avec des victoires dans le Wisconsin, l'Iowa et le New Hampshire, cela a assuré sa réélection. La tendance se dessine. L'élection semble pliée. A 5 heures, la salle exulte, on se congratule, en s'enlace. Obama a gagné. Le monde connaît désormais son président pour les quatre années à venir. Que de bouleversements, en perspective maintenant que Barack Obama s'est affranchi des lobbys! La nuit électorale est terminée, c'est déjà demain, forward (en avant)...
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