Le village Illouguène, dans la commune d'Ighil Ali, est dépeuplé par l'exode.
Tant et si bien qu'il n'y a plus âme qui vive. On s'y rend par une brumeuse matinée de mois de mars. Il a fallu trois quarts d'heure de route pour rallier le village, à partir du chef-lieu de la commune. Au bout d'un chemin serpentant à travers une enfilade de monts et de vallées. À l'arrivée, l'on est presque étonné de ce que le compteur de notre véhicule n'ait indiqué que 28 km. Les nappes de brouillard cèdent, peu à peu, la place à une généreuse lumière solaire, venue caresser l'immensité des collines où est niché Illouguène. Pour le citadin non initié aux charmes des montagnes, la splendeur du paysage et la senteur chlorophylle emplissant l'atmosphère, sonnent comme un discret appel à une suave randonnée.
Cependant, cette image idyllique dissimule une réalité beaucoup moins séduisante.«Inutile de chercher, il n'y a plus personne au village», dira à notre adresse, un homme, la cinquantaine, affairé à bichonner ses oliviers. «Rares sont les villageois, comme moi, qui reviennent de loin, qui pour travailler son lopin de terre, qui pour se ressourcer et faire le plein d'air frais. Sinon, on quitte le village pour ne plus y remettre les pieds», ajoute-t-il, sur une pointe de nostalgie. Longtemps, les villageois ont vécu de l'élevage, de l'agriculture et d'autres moyens à portée de main. Lovés entre les mailles de mille misères, tous ont fini par se résoudre à abandonner leur clocher. Par cohortes successives.
«L'exode massif a commencé en 1991/92. En sus du problème du chômage qui sévissait durement, venait s'ajouter la menace terroriste qui planait sur le village», souligne Mr. Bouhadi, le président de l'APC d'Ighil Ali, qui nous a reçus dans son bureau. «Les gens d'Illouguène sont allés chercher pitance ailleurs. On les retrouve aussi bien à Sétif, BBA qu'à Alger ou Akbou», nous explique le P/APC.Dans la foulée de cette «transhumance», l'école du village a mis la clef sous le paillasson. La mosquée est, elle aussi, mise sous scellés. Aujourd'hui, Illouguène offre la triste image d'un no man's land. Un village fantôme.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amazigh M
Source : www.elwatan.com