Alger - Revue de Presse

« Il y a entre 4000 et 5000 chiites en Algérie »



Dans sa cartographie des religions au Maghreb, Abderrahmane Moussaoui n'a pas manqué d'évoquer la présence chiite en Algérie, qui aggrave les schismes au sein du socle malékite traditionnel. Extrapolant à partir d'un rapport américain qui fait état de 3000 chiites au Maroc, le chercheur dira : « Sur cette base, je dirais qu'il y a entre 4000 et 5000 chiites en Algérie, mais je dis cela sans preuve. » On apprend, en outre, que la communauté chiite serait forte de quelque 10 000 fidèles dans l'ensemble du Maghreb. Une chose est certaine en tout cas : les chiites ne se réduiraient pas à quelques dizaines d'adeptes. L'Algérie ne se serait pas « frittée » avec l'Iran pour une poignée de « convertis », suggère le conférencier. « On parle même de "péril chiite" », relève-t-il en soulignant que « la conversion au chiisme est un phénomène interne et pour cela, on parle de "transconversion". C'est l'acte le plus radical à l'intérieur de l'islam. » Abderrahmane Moussaoui décline un certain nombre d'éléments très pertinents qui renseignent sur cette présence chiite au sein de la société algérienne. Pour lui, ils seraient surtout implantés dans le milieu étudiant. « Ils sont présents dans certaines villes comme Alger, Médéa ou Aïn Témouchent.Ils pratiquent l'autoflagellation lors de la célébration de la fête de l'Achoura, ce qui suppose qu'ils relèvent de la branche iranienne plutôt que libanaise » dissèque-t-il. L'anthropologue note cependant un « effet Nasrallah » chez les jeunes suite à la guerre de 2006, dans laquelle la résistance du Hezbollah à l'offensive israélienne avait fortement séduit la jeunesse algérienne. Sur un autre plan, celui de la jurisprudence, A. Moussaoui souligne l'attrait exercé par le chiisme du fait de sa souplesse et de son adaptation aux mutations de la vie moderne en réactivant l'ijtihad. Il parle ainsi d'emprunts faits au « fiqh » chiite comme le « zaouadj el moutâa » (mariage de jouissance) qui a inspiré à un grand cheikh sunnite, en l'occurrence le cheikh Zandani, une fatwa baptisée « zawadj friend » sur le mode de « boy/girlfriend » petit(e) ami(e) charii' (légal). L'influence de la littérature chiite serait, par ailleurs, assez importante, à l'instar des écrits de Mourtaza Moutahiri, Tabatibai, l'ayatollah Hussein Fadhlallah au Liban ou encore l''uvre philosophique de Ali Chariâti, considéré par certains comme l'idéologue de la révolution iranienne.
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