Alger - A la une

Il reste un "long chemin" devant l'exercice de la liberté de la presse (experts)



Il reste un
Des experts en médias ont indiqué, mercredi à Alger, qu'il restait "un long chemin devant l'exercice de la liberté de la presse", relevant toutefois les acquis de la corporation des journalistes.
Les nouveautés au plan législatif, consacrant davantage de liberté de la presse notamment la loi organique sur l'information et la suppression de peines privatives de liberté dans les délits de la presse sont "insuffisantes" au point de vue des experts, contactés par l'APS, la veille de la journée internationale de la presse. Ils estiment qu'il reste "encore un long chemin" à parcourir dans le domaine de la liberté de la presse.
Ils se sont dit "optimistes" quant aux perspectives qui se dessinent à l'horizon, au regard des décisions déjà prises, proposant tout de même, une régulation de l'Etat qui assurerait un respect des règles du jeu et de la déontologie. Ils ont également estimé que le "retard dans l'application des mesures prises", il y a plus de dix ans, a causé des préjudices à la société et poussé la population à se retourner vers les médias étrangers et à être plus réceptive aux messages véhiculés par les nouvelles technologies de la communication, à savoir, les réseaux sociaux.
Le directeur général de l'Ecole supérieure du journalisme (ESM), Brahim Brahimi, relève à ce sujet qu'il aurait fallu mettre en application les "grands chantiers" de la loi de la presse de 1998 et non attendre 13 ans après pour reprendre les mêmes projets.
Pour ce responsable, qui a également été enseignant à l'école de journalisme, la période "la plus atroce de la presse" se situe entre 2004 et 2007, marquée par un "harcèlement administratif et judiciaire inégalé à l'encontre des journalistes et des chantages financier de publicité et de tirage".
M. Brahimi estime par contre, qu'aujourd'hui, "une nouvelle phase, qui pourrait placer la presse algérienne à l'avant-garde de la liberté, se dessine". Il a ainsi indiqué que les pouvoirs publics ont fini par "comprendre qu'il fallait sortir de l'isolement" et ont tracé une stratégie de la communication. Il a également déploré "l'inexistence de syndicats crédibles" représentant les journalistes pour la mise en place de cette stratégie.
M. Brahimi a encore regretté qu'aujourd'hui la presse connaisse "un autre danger", qui est, selon lui, "le contrôle et le chantage des magnats de l'économie qui a engendré une autre forme de censure". "L'Etat doit jouer son rôle régulateur" de la presse écrite, a-t-il insisté. Pour l'audiovisuel, il a proposé une régulation dans le cadre d'une stratégie maghrébine ou méditerranéenne, en raison, estime-t-il, de "l'absence de toute production nationale".
De son côté, Belkacem Mestfaoui, également enseignant à l'ESM a estimé que le retard dans la mise en place d'une stratégie de la communication des pouvoirs publics est de "22 ans", situation qui a eu pour conséquence un retard "structurel et dommageable" selon lui. Il a néanmoins relevé que la nouvelle loi organique "rouvre de nouvelles perspectives pour développer la liberté de communication, essentielle", a-t-il dit, au développement de toute société.
M. Mestfaoui a considéré que la mise en place de la loi sur l'audiovisuel était "indispensable", ajoutant qu'il y avait nécessité de régulation et de codification des règles du jeu pour toute la presse, y compris la presse écrite.
Il relève également que l'Algérie "n'échappe pas à la fracture numérique et à la domination des multinationales de la communication par internet" en raison de ce qu'il a appelé "le sous-développement structurel de ses propres médias". Il a insisté sur la nécessité de se réapproprier ces moyens de communication, de faire respecter les règles de déontologie et de développer la liberté de la communication.
Interrogé sur le même sujet, le SG du Syndicat national des journalistes (SNJ) Kamel Amarni a d'abord souligné que la célébration de cette journée devrait se faire "au quotidien". Quant à la situation de la presse, il a tout simplement estimé qu'elle n'était "pas brillante" et qu'elle "n'évolue pas au rythme que les journalistes auraient souhaité".
"Faire des constats ne suffit pas pour développer la liberté de la presse, il faut trouver des solutions aux insuffisances", a martelé le journaliste syndicaliste qui a proposé d'aller vers l'organisation du secteur avec des instances classiques de régulation.
Pour lui, le Conseil supérieur de l'information, la carte nationale du journaliste, le Conseil de l'éthique, un Conseil de l'audiovisuel "demeurent encore du domaine théorique", exprimant son "scepticisme" quant à leur mise en place, puisque la loi, a-t-il dit, "les prévoit depuis 1990".
Il a aussi abordé la nouvelle grille de salaire de référence des journalistes du secteur public, qu'il a qualifiée d'"acquis considérable" avant de proposer sa généralisation à la presse privée en l'incluant dans le statut du journaliste pour la rendre "contraignante".


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)