
Le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, devait regagner Alger hier, pour reprendre son travail à partir de demain mardi, après un petit congé fortement «mouvementé». Il fait, en effet, l'objet d'une violente campagne par certains médias proches du cercle présidentiel et qui ont redoublé de férocité depuis la surprenante sortie de Abdelaziz Bouteflika à travers une chaîne de télévision privée.Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Ce lynchage en règle dont est victime la personne du Premier ministre dénote, au moins, l'identité réelle de son commanditaire. Jamais il n'aurait été possible que lesdits médias, qui ne sont pas réputés pour être de «farouches opposants» au pouvoir, s'attaquent aussi violemment à la personne du Premier ministre sans de solides garanties.A l'évidence, l'objectif d'une telle cabale n'est autre que celui d'affaiblir au maximum l'encore chef de l'exécutif. Or, le timing choisi pour lancer une telle opération laisse vraiment perplexe. A sa reprise, le Premier ministre aura à gérer des dossiers lourds et qui n'attendent pas. A commencer par la préparation de la loi de finances pour 2018. Il aura aussi à préparer une rentrée sociale qui interviendra dans une quinzaine de jours et que le pouvoir a pourtant toujours considérée comme la période la plus sensible de l'année. C'est même quasiment devenu la hantise de Abdelaziz Bouteflika qui, depuis 2011, surtout, n'a jamais rien redouté en réalité qu'un front social en éruption. C'est ce qui explique d'ailleurs les dernières mesures populistes comme la session spéciale pour le bac ou alors le quota spécial pour les malheureux postulants au tirage au sort pour le Hadj de ces dix dernières années.La fameuse phrase de Ahmed Ouyahia, «la paix sociale n'a pas de prix», prononcée au lendemain des mesures présidentielles consistant à octroyer des crédits Ansej généreux à des dizaines de milliers de chômeurs, en pleine tempête de ce qui est appelé «le printemps arabe», résume parfaitement cette attitude du pouvoir vis-à-vis du front social. Toujours est-il, le gouvernement Tebboune doit également préparer la rentrée scolaire prévue pour le 6 septembre, la rentrée universitaire qui interviendra peu de temps après, et ce, en plus des élections locales prévues en novembre. Cela, sans parler de la gestion des autres affaires courantes de l'Etat, un autre travail d'autant plus exigeant que la maladie du chef suprême oblige le patron du Palais du Gouvernement à être constamment sur la brèche. Une telle charge de responsabilités peut-elle être portée par un Premier ministre affaibli ' Assurément pas.Bouteflika, qui a recadré son Premier ministre et qui a tenu à le faire savoir, ne pouvait-il pas se suffire de sa seule fameuse sortie par TV privée interposée qui reste, en soi, assez dévastatrice pour l'autorité du Premier ministre ' Pourquoi en rajouter une campagne violente et permanente à travers des médias que tout le monde connaît comme étant les canaux officieux du pouvoir ' L'explication est toute simple : dans toute cette affaire, il ne s'agit nullement d'une «guerre des clans au sommet» comme d'aucuns l'ont hâtivement présentée. Il serait même naïf de croire au «multiclanisme au sommet de l'Etat, notamment depuis septembre 2015 et le limogeage du général Toufik et la restructuration des services. Déjàque bien avant, le seul vrai centre de décision était le palais d'El-Mouradia ou alors, plus exactement, Zeralda et Sidi-Fredj, c'est-à-dire la résidence officielle de Bouteflika. Ce dernier, c'est de notoriété publique, n'acceptera jamais que quiconque lui fasse de l'ombre. Un état d'esprit que sa maladie a rendu encore plus incisif ! La fulgurante cote de popularité de Tebboune depuis quelques jours, notamment depuis qu'il avait déclaré les hostilités aux «forces de l'argent», explique tout le reste. «Tout le monde, opposition, médias et opinion publique ont hâtivement attribué tous les mérites au seul Premier ministre, dans ce qui devait être une action de salubrité publique, donc très populaire, oubliant tous, volontairement ou pas, de citer le vrai patron, celui qui a tracé cette feuille de route pour le gouvernement, à savoir le Président.»Cette révélation, que nous tenons d'une source sûre, résume le tout. La réaction de Bouteflika et de son proche entourage, qui, manifestement, vise à contenir «l'effet Tebboune», est menée à plusieurs niveaux. Elle comporte une autre arme dissuasive : l'épouvantail Bédoui ! Ce n'est certainement pas un simple hasard que l'actuel ministre de l'Intérieur occupe tout l'espace politique et médiatique depuis quelques jours.Avec le vice-ministre de la Défense nationale et chef d'état-major de l'ANP, Ahmed Gaïd Salah, Noureddine Bédoui parle et est projeté sciemment comme le représentant de l'exécutif et du pouvoir en général depuis début août.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K A
Source : www.lesoirdalgerie.com