
En marge de la vente-dédicace de son dernier roman Des pierres dans ma poche, au stand des éditions Barzakh, lors du Salon international du Iivre d'Alger (27 octobre-5 novembre), l'auteure Kaouther Adimi, qui collectionne les prix littéraires malgré sa jeune carrière, a accordé à Liberté un entretien dans lequel elle revient sur l'écriture de ce roman, sa participation à une rencontre autour de la littérature algérienne de 3e génération dans le cadre du 21e Sila, ainsi que sa préface du livre dédié à la journaliste, Nesrine Sellal.Liberté : Votre dernier roman Des pierres dans ma poche (Ed. Barzakh, 2015), raconte la vie trépidante d'une trentenaire d'origine algérienne vivant à Paris, dont on suit tout au long du récit, le tiraillement entre l'Algérie et sa douillette vie parisienne, les souvenirs liés à son enfance, mais surtout, sa difficulté de trouver sa place entre ces deux mondes que tout oppose en apparence. Pouvez-vous nous raconter comment cette belle aventure littéraire est née ' Kaouthar Adimi : J'avais envie depuis un bon moment d'écrire un texte qui questionnerait l'enfance et le fait de grandir en Algérie. Pour cela j'avais besoin d'un prétexte, j'ai trouvé que celui du mariage de la petite s?ur de mon héroïne était un joli moyen de parler de ce sujet, parce qu'il mettait la narratrice dans une situation d'angoisse, de joie aussi par rapport à cet évènement, mais également de questionnements.Elle commencera dès lors à se demander qui elle est à cet âge charnier qui est la trentaine ' Quelques réponses se trouveront dans son enfance en Algérie, quand elle commencera à se remémorer cette période de sa vie.Le personnage de la mère est très présent dans votre roman, il est presque aussi important que le personnage principal...J'ai voulu incarner le personnage de la mère, qui est à la fois très présente, presque intrusive, mais en même temps assez éloignée de sa fille, puisque paradoxalement, sa grande ingérence dans la vie de la narratrice va contraindre cette dernière à mettre une barrière avec sa mère.À partir de ce moment, mon héroïne va se retrouver extrêmement seule. Elle a peu d'amis, mise à part Clothilde, une SDF, qui apporte un peu de gaîté dans sa vie.Justement, pourquoi avoir choisi d'isoler votre héroïne dans sa vie parisienne, qui était déjà très recluse 'Je me suis dit qu'en la mettant dans une situation de solitude très forte, les souvenirs et les questionnements ne pouvaient qu'être plus forts aussi. Tout au long de l'histoire, elle raisonne et s'interroge là-dessus. Tandis qu'à la fin, elle est enfin sereine et apaisée, puisqu'elle dit qu'un jour, elle reviendra en Algérie sans que ce soit un drame. En tout cas, dans ce roman, il existe une notion d'apprentissage lié à l'âge adulte.Vous avez participé, lors du 21e Sila, à une rencontre intitulée "La littérature algérienne de la 3e génération", avec des auteurs comme Abderezak Boukeba, Abdelouahab Aïssaoui, ou encore Nassima Bouloufa. Nous avons constaté cependant qu'il était encore difficile de définir les spécificités de cette génération, car nous ne possédons pas assez de recul...Cette rencontre était très compliquée. Car tout d'abord, nous sommes très différents les uns des autres. De plus, il existe un éventail assez large de genres littéraires propre à chacun de nous. Je pense qu'il est toujours très compliqué d'organiser ce genre de rencontres. Je me dis aussi qu'il faut se méfier des cases. Est-on par exemple, plus modernes nous, qui écrivons en 2016 par rapport à ceux qui écrivaient dans le passé ' Je n'en suis pas sûre, parce qu'en relisant des textes écrits dans les années 1950, je suis toujours époustouflée par la modernité de la structure et du verbe.Effectivement, une gêne palpable s'est fait ressentir chez les écrivains présents à cette rencontre, dès lors qu'il leur a été demandé de parler de leurs propres ?uvres et des thèmes présents dans celles-ci...Je crois vraiment qu'il ne faut pas demander aux écrivains de faire leur propre critique, ce n'est pas notre rôle mais plutôt celui des journalistes et des critiques. Il n'est pas sain pour un auteur de se positionner comme critique, et de parler de ses ?uvres, car il se mettra dès cet instant, des limites et des freins.Vous avez préfacé un ouvrage posthume dédié à la défunte journaliste, Nesrine Sellal, Journal intime d'une condamnée à vivre, paru aux éditions Lazhari Labter (2014), et qui regroupe plusieurs nouvelles écrites par la jeune auteure. Pouvez-vous nous parler de cette expérience 'J'ai connu Nesrine en 2002. Une jeune femme extrêmement créative qui avait travaillé dans le cinéma, la presse et adorait écrire. Elle avait envoyé des nouvelles à l'éditeur Labter il y a plusieurs années, qui a voulu publier ses textes à titre posthume avec l'accord de ses parents. On m'a ensuite demandé de faire la préface, ce qui est loin d'être un exercice aisé d'une manière générale, et plus est, quand l'auteure est une amie et qu'elle vient de décéder. Mon texte n'a pas été facile à écrire pour des raisons personnelles plus que pour des raisons littéraires. Mais j'étais très contente de le faire, ça m'a permis d'écrire sur une personne pour qui j'avais beaucoup d'estime et que j'ai beaucoup aimée.Entretien réalisé par : Yasmine azzouz
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yasmine AZZOUZ
Source : www.liberte-algerie.com