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«Il faut une décentralisation effective de l 'espace urbain» Abderrahmane Zidane. Expert en foncier



«Il faut une décentralisation effective de l 'espace urbain» Abderrahmane Zidane. Expert en foncier
Abderrahmane Zidane, urbaniste, expert en foncier et consultant en génie de l'environnement, énumère dans cet entretien les raisons qui sont à l'origine de cette pression sur le foncier agricole.
- La demande est de plus en plus importante sur le foncier pour réaliser les programmes de développement. Cette course à l'urbanisation a induit une pression sur le foncier agricole.

La course à l'urbanisation sur le foncier agricole pour réaliser les programmes de développement, en particulier les programmes de logements, tels que définis par le plan quinquennal 2009-2014 prévoyant la réalisation de 1,5 million de logements a créé une grande pression sur le foncier agricole, surtout dans les wilayas à forte densité urbaine et à forte potentialité et rendement agricole. Alger, Oran, Annaba, Blida, Sétif, Tlemcen, Béjaïa, Mostaganem, Chlef, Relizane et Mascara sont les plus intéressantes de ce point de vue, surtout autour des ceintures urbanistiques de ces grandes villes (par grandes villes, j'entends les villes de plus de 100 000 habitants). Cette pression est justifiée par la forte demande en logements sociaux que l'Etat essaye d'absorber et de satisfaire. Mais aussi par l'éradication de l'habitat précaire.

- Cette situation n'est-elle pas le résultat de l'absence de planification urbanistique '

Faut-il parler d'absence de planification urbanistique ' oui et non. Oui, si on se réfère à la loi n° 01-20 du 12 décembre 2001 relative à l'aménagement et au développement durable du territoire dans son chapitre I Art. 3,4,5 et aussi dans ses chapitres II et III sections I, II et III (voir code de l'urbanisme édition 2010-2011 page 1-35), quoique l'Etat a toujours le droit de faire valoir l´utilité publique dans le déclassement des terres pour des projets qu'il juge prioritaires.
Non, parcequ'on ne peut pas parler d'absence totale de planification urbanistique car les besoins sont urgents et immédiats. Maintenant, faut-il répondre à ces besoins dans les grandes villes déjà citées ' De cette manière et en un laps de temps très court surtout qu'il y a des risques de catastrophes naturelles importants (inondations, séismes') particulièrement dans les grandes villes et les régions urbaines du nord du pays. Ce qui suscite des interrogations.

- Depuis 2010 à ce jour, le département de l'agriculture a donné son aval pour le déclassement de plus de 20000 hectares, alors que d'autres dossiers sont en attente. Qu'y a-t-il lieu de faire pour freiner ce recours excessif à la terre, cette ressource non renouvelable '

A mon avis, il y a lieu d´abord de freiner encore et encore l'exode rural. Le Grand Alger compte déjà 5 millions d'habitants. Ce phénomène, on le retrouve dans les grandes métropoles du monde (Lagos, Le Caire, Calcutta, Rio de Janeiro, Brasilia, Buenos Aires, etc.) pour ne citer que celles qui sont très connues pour ce phénomène d´exode rural.
Il s´agit de fixer les gens dans leur lieu d'origine en leur créant les conditions d'une vie décente, c'est à dire logement, emploi, divertissements, moyens de transport et autres moyens nécessaires pour ne pas encourager les gens à fuir les zones rurales.

- Quel est le rôle des architectes et des urbanistes dans ce cadre '

Cela n'est pas seulement le rôle des architectes et des urbanistes car «Penser et planifier les grandes villes et centres urbains», c'est à dire, réfléchir, planifier et proposer des solutions pour les grandes villes du pays sur la perspective de 20 à 30 ans n'est pas seulement le rôle des architectes et urbanistes, mais un travail collectif qui nécessite une équipe pluridisciplinaire comprenant non seulement des architectes et urbanistes mais aussi des sociologues, des psychologues, des ingénieurs de diverses formations (ingénieurs de l'environnement, paysagistes, ingénieurs en génie civil, en hydraulique, topographie, ingénieurs des infrastructures de transport), pour ne citer que les plus importants éléments indispensables à cette équipe. En plus de l'intégration des collectivités locales, au niveau communal et de la wilaya à travers leurs représentants élus et aussi la société civile à travers ses différentes associations et composantes. Cela est un travail qui s'étale sur 3 à 5 années pour pouvoir faire émerger un Plan directeur d'aménagement et d'urbanisme (PDAU) qui fixe les terrains destinés à être urbanisés à long terme (horizon de 20-25 ans).

- Le travail ne devrait-il pas commencer au niveau des collectivités locales en associant justement ces acteurs à l'élaboration des plans '

Oui, après cela il y a lieu pour chaque commune de définir un Plan d'occupation des sols (POS) qui fixe de façon détaillée des droits d'usage des sols et des constructions. Ce travail a été en partie fait pour certaines agglomérations sans pouvoir me prononcer sur la démarche suivie.

- Que proposez-vous comme solutions face à une telle situation '

A part le fait de stopper l'exode rural et de désengorger les grandes villes pour préserver les ceintures agricoles qui sont indispensables à notre sécurité alimentaire dans ces villes, il faut une décentralisation effective de l'espace urbain, qui permettra à tout Algérien de se sentir à l'aise dans la façon et la manière de se loger. On ne devient pas citadin si on le veut, cela reste une culture qui s'acquiert à travers les générations. L'autre solution réside, à mon avis, dans l'intégration de tous les acteurs de l'acte de Bâtir. Il s'agit surtout de faire participer les bénéficiaires des logements d'une manière concrète et directe à l'édification de leur logis.

- Par quelles moyens '

On a un potentiel énorme de jeunesse (15-45 ans), ce sont plus de 15 millions d'Algériennes et d'Algériens. L´Algérie est un grand et vaste pays, le pus grand du continent africain. Il y aura plus de 6 millions de demandeurs de logement à l'horizon 2020 et sur cette tranche d'âge, ceux de 15-45 ans seront en âge d'être aussi demandeurs d'emploi, près de 6 millions à l'horizon 2020. Avec tout ce potentiel, il y a lieu de former des maçons, des coffreurs, des ferrailleurs, des plombiers, des plâtriers, des électriciens bâtiment, des menuisiers, des serruriers, des étanchéistes, des carreleurs, des jardiniers' Cela nécessite 3 ans de formation pour chacun de ces métiers à encourager par des bourses attrayantes de formation.
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