Hassan Bendif a occupé plusieurs postes de responsabilité dans les métiers du livre. Avant d'être nommé à la tête du Centre national du livre en novembre 2010, il a été, entre autres, directeur général de l'ex-Entreprise nationale du livre (ENAL) et libraire, copropriétaire de la librairie Al Ghazali à Alger.
-Les librairies se meurent, les professionnels crient à l'anarchie. Quel diagnostic faites-vous de la situation du livre '
C'est vrai que les librairies sont en difficulté actuellement, mais je pense que ce n'est pas rédhibitoire, c'est une situation qui peut trouver les réponses adaptées. Comme je l'ai dit à plusieurs reprises, nous avons un gros travail à faire au niveau du Centre national du livre pour préserver et mettre en place les conditions pouvant permettre à la librairie de se développer et jouer son rôle de passeur, parce que la librairie, ce n'est pas seulement un endroit où on vend et on achète des livres, c'est un lieu où il y a quand même une gestion, une prise en charge d'un certain nombre de programmes et il faut que le libraire puisse vivre de son activité.
C'est pour ça d'ailleurs qu'il faut le protéger en mettant en place une réglementation capable de le protéger contre la situation de quasi-monopole des importateurs et des distributeurs qui saturent le marché institutionnel. Il faudrait faire en sorte que ces gens-là qui s'adressent au marché institutionnel passent justement par la librairie.
-Justement, les libraires dénoncent ce monopole'
Oui, c'est un vrai monopole. Généralement, les importateurs et les distributeurs accordent des réductions importantes aux institutions parce que ces institutions achètent des quantités importantes, mais il s'agit d'une situation déloyale puisque le libraire, lui, il ne peut pas accorder des réductions importantes.
C'est la raison pour laquelle il faut un prix unique du livre. C'est très important. Dans d'autres pays, cette règle a donné des résultats très intéressants. C'est un moyen extrêmement efficace pour que la librairie continue à vivre et à se développer. En plus de ça, il faut plafonner les rabais. A mon avis, il ne faut pas aller au-delà de 5%, et puis il faudrait que ces rabais soient valables pour tous ceux qui activent dans cette sphère commerciale du livre. Si on arrive à maîtriser ces deux éléments, ce serait déjà énorme, on aura déjà fait plus que la moitié du chemin.
-En parlant de protection des libraires, est-il possible de leur accorder au moins une partie du marché institutionnel '
A mon avis, il faut qu'il y ait une règlementation et des mesures qui imposent aux éditeurs, aux importateurs et aux distributeurs de passer par la librairie, et de toute façon, ils seront toujours gagnants. Nous avons besoin de tous ces acteurs certes, parce qu'ils alimentent le marché, mais il faudrait qu'ils le fassent à travers la librairie pour que cette dernière puisse vivre aussi. C'est-à-dire, il faut des mesures contraignantes, et d'ailleurs nous allons y réfléchir sérieusement.
-Est-ce valable pour les institutions, c'est-à-dire est-ce que vous pouvez obliger ces institutions à s'approvisionner chez le libraire et pas ailleurs '
Et pourquoi cela ne serait pas possible ' Il suffit qu'on le veuille, que ce soit décidé quelque part. Il s'agit quelquefois d'une circulaire, d'une note, etc., pour leur imposer de s'approvisionner chez le libraire pour que les institutions se plient à l'exigence, sauf cas exceptionnel, bien sûr. Mais en règle générale, les contrats de fourniture devraient être signés avec le libraire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nouri Nesrouche
Source : www.elwatan.com