Frédéric Pierret est actuellement directeur exécutif Programme et coordination à l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) à Madrid (Espagne). Lors d'une récente visite à Alger, nous l'avons interviewé sur des questions de l'heure.
-Le tourisme domestique est une des priorités des autorités algériennes. Est-ce un bon choix pour la destination '
Ce n'est pas simplement un choix, c'est une nécessité parce qu'il n'y a aucune raison pour qu'il y ait des pays qui profitent de cette merveilleuse activité qu'est le tourisme et d'autres populations qui ne puissent pas le faire : dans le développement d'une politique de tourisme, c'est bon d'avoir un équilibre entre le tourisme domestique et international. Le tourisme est stabilisateur en période de crise et notamment le tourisme international, comme il est arrivé à certains moments et puis ça irrigue l'ensemble du territoire pour tous les membres de la filière touristique. Il y a quelques exigences pour développer le tourisme domestique, notamment en matière d'hébergement, il faut le diversifier et l'adapter à la demande. Le touriste international n'a pas le même profil en termes de composition sociologique, d'attente ou de produit qu'il va consommer.
C'est plus du tourisme familial qui concerne les jeunes, les adolescents, le 3e âge et les handicapés. Il faut adapter l'hébergement à toutes les variétés de demandes et très clairement, il ne repose pas exclusivement sur l'hôtellerie : il repose sur la petite hôtellerie traditionnelle familiale qui peut s'adapter également sur des appart-hôtels, locations saisonnières, le logement chez l'habitant sous toutes ses formes et l'hôtellerie de plein air. Il faut développer à la fois les outils de financement de tous ces types d'hébergement. Il faut avoir des standards de qualité, car c'est un type d'hébergement qui est extrêmement diffus et donc il faut arriver à l'homogénéiser par des standards de qualité et enfin le mettre sur le marché : réunir l'offre pour faire des mises en marché collectives parce que pour quelqu'un qui a une chambre d'hôte, pour la commercialiser, il est préférable qu'il soit en groupe avec 10 ou 20 autres de ses collègues.
Derrière tout ça, il y a un grand travail technique, le ministre a indiqué qu'«il était prêt à le faire et que cela fait partie des priorités» et nous sommes à ses côtés.
-Le compte satellite est un ancien dossier entre l'Algérie et l'OMT, apparemment, cette fois-ci il y a une volonté d'aller plus dans le concret. Quelle est votre analyse à ce sujet '
Je pense qu'il y a deux grands sujets en la matière, d'une part, c'est comment mesurer des activités qui ne sont pas toujours monétarisées et bancarisées, c'est toujours difficile d'appréhender cette réalité : cela veut souvent dire faire des enquêtes à travers des sondages. Et le deuxième grand sujet, c'est comment réunir les données qui, d'ores et déjà, existent dans le compte satellite du tourisme. Les principaux fournisseurs de données sont, outre le ministère du Tourisme, la Banque centrale, l'Institut national des statistiques, les services des Douanes et la PAF, il faut réunir toutes ces données, travailler en interministériel, ce n'est jamais facile dans aucun pays mais il faut le faire.
-Après le phénomène du printemps arabe, comment voyez-vous l'évolution du tourisme en Méditerranée '
Toutes les crises ont une fin et on voit bien que les deux pays qui ont le plus souffert, l'Egypte et la Tunisie, sont en train de revenir dans le jeu. Ils ont eu des taux de croissance excellents l'année dernière, même s'ils ne sont pas au niveau d'avant le printemps arabe, mais à échéance assez proche, ils le seront, ils vont se rattraper, d'autant plus que les deux gouvernements ont indiqué que le tourisme est une priorité et qu'ils souhaitent le développer. Ils vont reprendre leur place dans le concert des pays touristiques.
-Concernant la montée de l'Asie et la Chine, la Méditerranée va-t-elle perdre sa place ou résister '
La Méditerranée est un gros morceau, c'est 40 % des arrivées internationales qui se maintiennent bien, il y a des effets de vases communicants, quand une partie va moins bien, l'autre partie va mieux et a priori, il n'y a pas de raison pour qu'elle perde de grosses parts de marché. En tout cas en volume, elle n'a jamais cessé de croître. Et concernant le continent africain.
Il se porte bien, c'est-à-dire que c'est un continent où le tourisme est assez mal développé 52 millions d'arrivées internationales. C'est assez peu comparé au 1,35 milliard d'arrivées mondiales, mais il a une grande caractéristique, c'est qu'il n'arrête pas de croître même en période de crise, il continue à croître depuis 2009, alors qu'au niveau mondial il y a eu diminution, l'Afrique a été le seul continent où la croissance a continué, les chiffres de 2012 montrent que l'Afrique se débrouille très bien.
-On remarque que le marketing se fait sur le web, est-ce une tendance lourde '
Il faut bien voir ce que l'on entend par là. En matière de promotion et de marketing, on aura toujours besoin d'avoir des yeux et des oreilles dans leur marché source, soit directement à travers des bureaux de représentation, soit indirectement à travers des agents commerciaux (voir ce qui se passe, les opportunités), les marchés de niche, il ne faut pas négliger non plus les marchés de niche.
Mis bout à bout, ça fait plus qu'une niche. Par contre, concernant la promotion où le web prend de l'importance, le contact humain est toujours important pendant les grands Salons européens et ceux de Shangai et Moscou c'est toujours utile d'aller rencontrer ses clients ou ses fournisseurs.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Benelkadi
Source : www.elwatan.com