Par Arezki Metref
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Il faut d'entrée poser comme principe sacré le respect dû à une personne en maladie. Pas de raison donc que le président Bouteflika y à©chappe. La maladie est souffrance, elle n'a rien de risible. Quelles que soient ses implications politiques, et dans ce cas, il y en a certes, il faut d'abord considérer cette souffrance-là . S'agissant d'un homme public dont même la santé est un à©lément d'analyse politique, peut-on interroger les conséquences de la maladie sur la vie publique sans pour autant entrer dans le chÅ“ur, déjà excité, des charognards ' Question : quel rapport entre l'accident ischémique transitoire (AIT) dont Abdelaziz Bouteflika a à©té victime le 27 avril dernier et l'abdication le 4 septembre 476 de Romulus Augustule, dernier empereur de Rome ' Autrement dit, quel rapport entre un AVC du président algérien et la chute de l'empire romain ' A priori aucun, ni dans l'espace ni dans le temps ! Mais, sous un certain angle, les deux situations sont propices à poser la question de savoir comment finit une entité politique. Comment s'éteint une puissance qui a donné d'elle-même une double image d'invincibilité et de pérennité si ce n'est d'éternité ' L'autoritarisme est toujours convaincu d'avoir le temps pour lui. En théorie, deux issues possibles : les à©lections ou le coup d'état. Quand ce n'est pas l'un, c'est fatalement l'autre. Tout le reste n'est que variante de l'un ou de l'autre. Les historiens sont divisés sur les raisons qui ont sapé les bases de l'empire romain mais ils s'accordent sur certains points : licence morale, corruption, dépopulation... Aujourd'hui, on peut traduire ces mots par : perte de valeurs, corruption (lequel ne change pas), à©migration ou carrément harga ! Certains historiens de Rome, d'ailleurs, soutiennent qu'il n'y a pas eu à proprement parler de chute. Il s'agirait plutèt d'une corrosion de l'intérieur même du système, due à une lente corruption qui lui aurait à©té consubstantielle. Autrement dit, dès l'origine, le ver aurait à©té dans le fruit. Certes, on ne va pas comparer l'empire romain à la maison Bouteflika. Rome n'est pas Alger et l'Algérie n'est pas un empire. Posé ainsi, à§a peut paraître surprenant. Cependant, des à©léments corroboreraient, toute proportion gardée, une manière d'analogie. Un : la toute puissance, du moins en apparence, de la maison Bouteflika depuis 1999 qui semblait aussi inexpugnable que l'était Rome à son apogée. Deux : les positions de la hiérarchie militaire qui, depuis 2004, semblait tenir un rèle accessoire dans un système dont elle constitue la pierre angulaire. La chute de l'Empire romain, c'est une omnipotence absolue et inique qui s'est effilochée dans le trébuchement de l'institution militaire. En tout à©tat de cause, tout donne l'impression que la maison Bouteflika est en train de se lézarder. Et on ne sait pas quel est le rèle de l'armée ou du moins de ses services de sécurité dans cette phase d'extinction. De même qu'on ignore quel est l'effet, dans ce probable baisser de rideau, des considérations géostratégiques et de cette guerre mondiale invisible pour les ressources à©nergétiques. In Amenas, intervention française au Mali, persistance à souligner que l'Algérie est passée à travers les mailles du «printemps arabe», synchronisation des mouvements de jeunes chèmeurs dans les régions du Sud : aucun lien entre tous ces faits ' Vraiment ! Ce qui s'observe, en tout cas, c'est que comme en un puzzle disparate, des à©léments tissent la trame de ce qui apparaît comme le crépuscule. La presse bruisse d'informations qui, emboîtées les unes aux autres, composent la certitude d'une fin de partie. Bedjaoui, impliqué, selon la presse, dans l'affaire dite Sonatrach 2, vend en catastrophe ses biens immobiliers québécois. Chekib Khellil, la mascotte algéro-américaine du clan Bouteflika, passe du statut d'intouchable à celui d'individu recherché. Saà 'd Bouteflika lui-même, le frère deus ex machina, est sorti des limbes pour àatre exposé à la vindicte publique. Et pour finir — du moins pour amorcer la descente — le perfide AVC qui vient terrasser le président. Avec à§a, vous voulez un quatrième mandat ' Il est à©vident que Bouteflika a déjà marqué son à©poque. Positif ou négatif ' Avec des supporters inconditionnels d'un cèté et d'irréductibles opposants de l'autre, son règne n'aura pas à©té banal. Mais par quelque bout que l'on tienne la lorgnette, il est arrivé à saturation. S'il n'a réalisé que de bonnes choses, il ne peut désormais faire mieux. Pareil dans l'autre sens : s'il n'a commis que de mauvaises choses, il ne peut faire pire. C'est pourquoi, l'évocation même à des fins de diversion d'un quatrième mandat paraît anachronique. Un système bloqué sans rémission, des affaires de corruption gigantesques, persistance de la violence, navigation à vue, absence totale de projet d'ensemble, pervertissement des valeurs du travail, du patriotisme à©conomique et puis ce long règne délétère qui s'étire dans la répétition : cela fait belle lurette que le bateau prend l'eau. Les clientèles diverses et exponentielles de la maison Bouteflika arguent, elles, d'un bilan à l'honneur du président dans lequel se mêlent les autoroutes, les logements, le métro, le tramway et même la réconciliation nationale. Une autre façon de voir ! Le fait est que, l'empire romain l'a montré, rien ne peut durer. Mieux vaut sortir en pleine estime que de s'agripper au pouvoir jusqu'à la déchéance ou la chute brutale, à l'instar des pairs arabes. Encore une fois, dans la splendeur ou la décadence, Bouteflika a fait son temps. Chacun appréciera ce temps selon ses convictions et ses intérêts. On souhaite à l'homme un prompt rétablissement. On le souhaite à l'Algérie aussi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A M
Source : www.lesoirdalgerie.com