
Par Arezki Metref Il paraît que le salafisme a atteint un tel point de métastase que certains néophytes ne répondent même pas quand on leur souhaite la bonne année. Pas même par stricte politesse”? Pourquoi ' La «bounané», on le sait, ça appartient à la religion des Nazaréens, des ennemis, des koufar ! Voilà , la messe est dite. Oups”? pardon !Haro sur le baudet”? Le baudet ' Il est collectif, le baudet. On ne va pas réécrire l'histoire mais faut-il leur répondre que d'une part, l'Islam reconnaît les religions monothéistes qui lui sont antérieures, et d'autre part, et surtout, que c'est juste une question de convention et même de convenances. Ce n'est pas pour leur donner de mauvaises idées, ils en ont assez comme ça, mais dans ce cas, ils devraient refuser les vacances d'hiver pour leurs enfants, conçues universellement pour coïncider avec les fêtes de fin d'année, et plein d'autres choses du même acabit. Passe sur la bûche qui, jadis honnie, vaut maintenant, ai-je ouà?-dire, carrément fetwa. Une condamnation à mort pour un peu de farine, de biscuits, et de je ne sais quoi. Que des choses comestibles, et bonnes au surplus !ça nous éloigne de la littérature ' Pas tant que ça”? Je me suis dit comme ça, alors que j'échangeais avec un éditeur sur le devenir – inquiétant, fragile, mercantilisé à outrance — du livre en Algérie, qu'au train où vont les choses, on va finir par réserver aux bouquins le sort fait aux bûches. La parenté de ces dernières avec les bûchers n'est pas que sonore, ça s'est déjà vu”'dans ces lueurs troubles du crépuscule où désormais la longueur du chemin est notablement plus courte devant, j'essayais comme ça, sans devoir puiser uniquement dans l'imagination, en tout cas en gardant intact le mentir/vrai, de me rappeler le nouvel an le plus insolite qu'il m'a été donné de vivre. Quand je dis nouvel an, je projette œcuménique et large : Yennayer, Awal Mouharam, Yom Kippour, GuÍ2niàn (chinois) Têt (vietnamien), Divali (hindou), Norouz (perse)”'faut pas négliger une occasion de faire la fête, parole ! Et puis quoi, un nouvel an, ce n'est qu'une étape, une convention presque mathématique qui consiste à fixer à partir de quel moment, il faut commencer à compter le temps”? Ah, le temps, Cronos, chronologie, chronique”? ! T'es en plein dedans, tu vois !Mon premier lecteur, qui veille à ce que j'augmente mon lectorat en cette année 2015, me prie instamment de finir cet exercice primesautier sans saturer les synapses des braves gens de pléthoriques et absconses références littéraires ! OK, OK : c'est ma première et seule résolution de l'année”? OK !Je ne vais pas te raconter mes nouvels ans, Yennayer, etc. — (pour ceux que ça intéresse, remonter quelques lignes plus haut, et la liste n'est pas exhaustive), —ça fait un peu ancien moudjahid, vrai ou faux, déclinant, poitrine médaillée et bombée, ses batailles gagnées”? Sans note et sans références, comme ça de tête, et peut-être même un peu de cœur, je retrouve le nouvel an le plus insolite que j'aie connu. C'était le mois de décembre 1978. Service national quelque part, oui, je n'y ai pas coupé. Ce décembre-là , il avait fait froid (normalement, pour une bonne documentation du sujet, — me réprimande mon premier lecteur, précis et irascible, — je devrais moins compter sur ma mémoire que sur la consultation circonstanciée de la météo de l'époque que permet aisément le Web)”? Le 31 décembre 1978, à 22h ou 23h, je ne sais plus, je devais prendre mon quart de garde à la caserne. Nous étions en état d'alerte, il fallait ouvrir l'œil. Houari Boumediène venait de décéder deux ou trois jours plus tèt. Chouette : je suis affecté à une guérite qui donne sur la route. Au moins, je peux jouer au jeu des enfants, compter les voitures”? On en était là , tu peux ne pas me croire”? Et puis, comme tout troufion qui se respecte, j'avais par devers moi une petite radio pour écouter de la musique. Théoriquement, c'était interdit mais 36 ans après, il y a prescription, on peut le dire”? Sur le transistor, j'écoutais les stations que je pouvais capter avec l'objet miniature qui tenait dans la paume de ma main. Je faisais défiler le bouton rond qui actionnait le curseur, lorsque je tombai sur un débat concernant la mort de Boumediène et ses conséquences politiques dont bien sûr la succession. Je ne sais plus sur quelle station française c'était. Il y avait Boudiaf face au président de l'époque de l'Amicale des Algériens en Europe, dont le nom a visiblement un désaccord profond avec la postérité.C'était la première fois que j'entendais la voix de Boudiaf, interdit de séjour dans son pays, et l'écouter là , dans une guérite, me procurait la sensation de commettre un acte d'indiscipline. Le plus notable, en tout cas ce qui m'est resté de cette discussion surréaliste qui opposait un révolutionnaire historique à un fonctionnaire de la politique, c'est que, légitimé sans doute croyait-il par son grade dans la Fonction publique, ce dernier osa évoquer les missions du FLN. Ce à quoi Boudiaf répondit, avec une humilité que son contradicteur ne méritait pas, que s'agissant du FLN, on pouvait quand même lui accorder de savoir ce que cela voulait dire puisqu'il en avait eu la carte d'adhésion numéro 1.Bientèt, les douze coups de minuit sonnèrent à la radio et la relève passa. Pas en politique, hélas !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A ”ˆM
Source : www.lesoirdalgerie.com