«La ville a une figure, la campagne a une âme.» Jacques de Lacretelle
Le rédacteur s'arrêta un instant pour regarder l'effet produit par son discours sur ses auditeurs. L'un d'eux, surmontant sa timidité déclara: «Nous, nous n'avons pas toutes les informations dont vous disposez. Moi, personnellement, quand j'ai débarqué à Alger, j'ai déjà trouvé les cinémas fermés. A part ceux de l'Oref, je n'ai fréquenté aucun autre si ce n'est une séance à la Cinémathèque. Pour embrasser un tel sujet, il faut disposer d'un peu de temps pour collecter les noms, les adresses...
- Il n'y a rien de plus facile. Le monde du cinéma est un microcosme où tout le monde se connaît. Le premier contact vous donnera les références du second. Ici-même, à la Maison de la presse, il y a des cabines de montage et un studio où travaillent des professionnels du cinéma. Vous n'avez qu'à commencer votre introduction dans un de ces espaces. C'est un bon démarrage. Vous rencontrerez à coup sûr un de ces artistes heureux de pouvoir enfin travailler. Autrement, le ministère de la Culture est un excellent point de chute, il y a des réalisateurs qui atterrissent là-bas pour essayer de boucler un problématique montage financier pour une production en gestation depuis de longues années... Quant aux salles de cinéma, vous n'avez que l'embarras du choix entre le maire qui restaure les salles dépendant de sa compétence territoriale et celui qui les ferme.
D'ailleurs, à propos de l'édile qui a fait fermer les portes du Sierra-Maestra, vous devriez aller faire un tour à la mairie pour voir comment ses services se sont comportés durant les dernières chutes de pluie qui ont ravagé Alger. La logistique a-t-elle été à la hauteur de ce qui aurait pu être une catastrophe. Demandez s'il y a eu des sinistrés dans sa commune. Si oui, s'ils ont été secourus à temps et relogés. Demandez si les avaloirs des rues ont été récurrés à temps. Remarquez si les ordures sont ramassées quotidiennement et si les trottoirs ne sont pas squattés par les trabendistes du marché informel.
Tous ces détails vous renseigneront sur la gestion d'une commune. Et après les observations visuelles, questionnez les travailleurs de base: ceux qui se salissent les mains tous les jours pour essayer de nous rendre notre vie moins désagréable. Evitez les plantons et les chefs de service: le planton est l'oeil et l'oreille du maire et le chef de service est un gars intégré dans le système. Ce sont tous les deux qui bouffent au même râtelier. Contactez la Protection civile sur le nombre et la nature de leurs interventions durant ces intempéries. Vous voyez comment une pluie un peu abondante peut être révélatrice de la fragilité de la logistique d'une municipalité ou des services publics. Faîtes un petit tour sur la route moutonnière et constatez si les palmiers fraichement plantés ont résisté à la tempête qui a balayé le littoral. Ah! J'oubliais une chose importante, très importante qui concerne tous les citoyens qui ont eu un jour l'occasion de traîner dans les rues de la capitale: faîtes un inventaire succinct des lieux où l'hygiène la plus élémentaire fait défaut. Vous n'êtes pas sans savoir qu'il n'y a pas des urinoirs publics dans cette cité qui avait été blanche jadis, à un moment de son histoire tourmentée. Les gens qui ont des problèmes de prostate se soulagent contre les murs ou dans des endroits publics assez discrets. Il y a des passages où l'odeur de l'ammoniac fait fuir les passants. Allez donc attirer le touriste dans une ville où même certains cafés ne disposent pas de toilettes. Ceux qui vendent le manger et le boire aux citoyens pensent peut-être qu'ils ont affaire à des extraterrestres, des êtres qui n'ont pas de sorties à leur tube digestif... Profitez d'ailleurs en interviewant un des maires cités plus haut s'il n'a jamais entendu parler de Vespasien...»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com