
Saâd Dahleb était un homme doté d'une «intelligence très aiguisée» et d'un «esprit humoristique». C'est ainsi que nombre de gens qui l'ont cètoyé l'ont décrit avant de souligner son aptitude à prendre des décisions et sa capacité de conviction.Rym Nasri - Alger (Le Soir) - Intervenant hier au forum d'El Moudjahid à Alger, l'historien Amar Belkhodja décrit Saâd Dahleb comme un homme intellectuel et parmi les rares Algériens à avoir accédé à un diplôme.Soulignant son long parcours durant le mouvement national pour l'indépendance de l'Algérie, il rappelle qu'entre autres, il a été membre actif de la direction du PPA-MTLD (Parti du peuple algérien-Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) en 1952 avant de s'installer à Alger et diriger le service de documentation du journal du parti. Il a également occupé le poste de ministre des Affaires étrangères du 3e GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne).«Saâd Dahleb n'était pas du tout passif. Il s'attaquait toujours à l'administration française et au système colonial», dit-il.Amar Belkhodja évoque à l'occasion, les manifestations du 18 avril 1945 à Ksar Chellala, des événements, souvent méconnus. «Le 18 avril 1945, Saâd Dahleb et trois de ses compagnons ont été arrêtés suite à l'ordre du préfet. Une arrestation qui a mal tourné puisque les quatre hommes ont été libérés par la population de Ksar Chellala qui s'est interposée devant la voiture dans laquelle ils étaient transportés», révèle-t-ilSelon lui, ça aurait pu prendre l'ampleur d'une émeute populaire. «C'est la première fois dans l'histoire contemporaine qu'un système colonial est chassé dans la précipitation et l'humiliation et dans l'affront. Le préfet et ses compagnons ont étaient contraints de battre en retraite».Mieux encore, poursuit-il, «les voitures du cortège ont été interceptées et fouillées par des habitants du Ksar Chellala. Les Chellalis sont ainsi parvenus à humilier l'autorité coloniale».Pour l'historien, Ksar Chellala a été pendant une journée une zone «libérée». Seulement, une répression s'est abattue sur la ville dès le lendemain, 19 avril. «Un assaut a été donné contre Ksar Chellala et des arrestations et tortures se sont enchaînées. Dahlab faisait partie du lot», ajoute-t-il.Prenant part à l'initiative de l'Association Machaâl el chahid, Réda Malek, membre de la délégation FLN (Front de libération nationale) pendant les Accords d'Evian, témoigne de son côté, de la «forte personnalité» de Saâd Dahleb. «Je l'ai connu de près aux négociations d'Evian. Nous avons eu de la chance d'avoir un homme comme Dahleb à ces négociations», dit-il.Selon lui, Dahleb avait une «intelligence très aiguisée» et un «esprit humoristique». «Son humour nous a beaucoup aidé lors des négociations d'Evian. Dès que la tension commence à monter, il faisait appel à son humour et parvenait à la baisser».Mais pas que, puisqu'il le décrit également comme quelqu'un doté d'une grande capacité de prise de décisions. «Il n'attendait aucune instruction de la Tunisie», affirme-t-il faisant allusion au GPRA.Réda Malek se rappelle à cet effet, de Louis Joxe, ministre d'Etat chargé des Affaires algériennes qui, un jour, avait dit : «J'ai passé 40 ans à nouer et à dénouer mais je n'ai jamais eu des négociations pareilles. Et Dahleb de lui répondre : parce que ce sont des négociations avec des Algériens.»Même témoignage chez Me Ali Haroun, responsable politique de la Fédération de France du FLN. «Il avait l'art de trouver des solutions dans l'humour et la simplicité. C'est là que j'ai pu apprécier la valeur intellectuelle, politique et morale de Saâd Dahleb».Pour lui, la présentation du projet des négociations devant le CNRA (Conseil national de la révolution algérienne) en février 1962, a démontré la capacité de conviction de Saâd Dahleb.«Dommage qu'un homme de la valeur de Saâd Dahleb a été mis de côté après l'indépendance», déplore-t-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ry N
Source : www.lesoirdalgerie.com