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Hommage à Hamid Farhi



On a enterré ton corps le jeudi 7 février 2019, au cimetière de Staoueli, j'ai dit bien ton corps car ton combat restera à jamais gravé dans les mémoires de tes amis et camarades, le combat que tu avais entamé depuis ta prime jeunesse.Nous nous sommes connus vers la fin des années soixante-dix. Nous étions encore de jeunes adolescents qui palpitaient d'amour pour la patrie, pour notre révolution qui avait terrassé le colonialisme, on voulait faire encore plus, continuer le combat pour l'édification d'une société de justice sociale et de démocratie, rêvée par nos devanciers.
Quand par dizaines de lycéens volontaires, on sortait à Staoueli pour soutenir les paysans et la Révolution agraire, on te trouvait sur place nous apportant soutien et aide. Tu étais l'ami de notre CSRA (Comité de soutien à la Révolution agraire du lycée Okba d'Alger) et avec toi le camarade ammi Mouh, l'intrépide et courageux paysan président d'une Capra locale.
Quelques années plus tard, on s'est encore croisés dans nos luttes de quartiers, Belcourt me concernant et Staoueli, ton berceau de luttes, au sein de l'UNJA , un cadre qui est devenu par la suite trop étroit pour nous à cause des man?uvres sans cesse répétées du FLN conduites par M. C. Messadia et Benaouda dans l'objectif de caporaliser ces organisations de masse, par le biais de l'article 120 qui empêchait tout militant dans un syndicat ou organisation de masse de postuler à un poste de responsabilité s'il n'avait pas la carte du FLN. Ces pratiques nous avaient éjectés brutalement de cette organisation. A Belcourt, la kasma FLN avait procédé à la fermeture de nos locaux, et confié les clés à un groupe de jeunes de la mosquée du coin qui étaient sous l'influence de
E. S. qui deviendra l'un des futurs dirigeants de l'ex-FIS.
Tu avais entamé, par la suite, ta carrière dans l'enseignement moyen avec ta vaillante épouse Nadjet où tu fus avec elle de tous les combats syndicaux des travailleurs de l'enseignement dans la wilaya de Tipasa, même tes adversaires te le reconnaissent.
La chape de plomb qui s'est abattue sur le pays sous l'ère de Chadli et le verrouillage du champ politique d'une manière drastique, avec le revirement dans les choix économiques, amenèrent à la déflagration d'Octobre 88 où tu fus arrêté et porté disparu pendant plus d'une semaine séquestré par les services de sécurité. Libéré, tu avais intégré le vaste mouvement citoyen contre la torture où vous avez défendu avec courage et détermination les jeunes arrêtés et affreusement torturés, tout cela se trouve pour l'histoire consigné dans les cahiers noirs d'Octobre.
L'ouverture politique pluraliste pervertie avait suivi ces événements, notre parti le PAGS sortait alors de la clandestinité la fleur au fusil sans assurer nos arrières.
Les leçons de certains partis arabes ne nous ont pas servi.
Vint le congrès du PAGS et son implosion préparée, les ennemis de classe ne pouvaient garder un instrument de lutte pareil, il aurait probablement gêné le démantèlement du pays, son économie, et les acquis sociaux de notre peuple.
Nous étions en désaccord sur la ligne qui a résulté de ce congrès et encore plus sur la suite donnée et sa transformation en Ettahadi Tafat, je t'avais dit alors, «faites un autre parti et ne tuez pas le PAGS», tu avais répondu «vous n'aviez pas à le quitter».
Chacun avait pris son chemin du combat alors, sans se départir de notre fraternité et amitié, nous n'avions pas déserté le terrain des luttes avec armes et bagages comme l'avaient fait certains de «nos camarades». Nous n'avons pas un autre pays de rechange, Hamid.
Tu avais continué à te battre de toutes tes forces, les paniers à salade de la police te connaissaient, leur matraque et les nuits dans des commissariats de police aussi, ta solidarité avec les démunis était indéniable, toi le digne fils du peuple.
Tu avais tout essayé, te rapprocher de l'ANR de feu Réda Malek, te présenter à l'APN sur la liste FFS, pour les élections législatives, mais tu es resté entier et foncièrement honnête.
Nous avons profondément divergé sur de nombreuses questions mais nous avons gardé notre fraternité et amitié jusqu'à ton présent départ.
J'avoue que tu étais le premier à venir vers moi quand on se rencontrait.
Hamid, toute ta vie durant le pouvoir en place t'avait malmené sans que tu courbes un jour l'échine. Quelques jours avant ton décès et avec une embolie pulmonaire, ils t'avaient laissé passer une nuit entière sur une chaise arguant du fait qu'il n'y avait pas de place libre à l'hôpital de Beni Messous, ils n'ont pas eu raison de ton idéal malgré ça, tu es parti debout.
Repose en paix Hamid.
Ton combat ne va pas cesser.
Oui, il ne cessera pas.
Fateh Agrane
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