Alger

Hollande et la question mémorielle



Hollande et la question mémorielle
L'histoire et ses aléas. L'histoire et son interprétation, les interprétations que l'on s'en fait. On est ainsi plus enclins à valoriser son «histoire» ou son «interprétation» de l'histoire qui peut ne pas être toujours en conformité, soit avec la réalité des faits, soit avec ce qu'en disent les autres. Il en est ainsi du président français, François Hollande, qui ratiocinait lundi dernier à Ankara sur les événements d'Arménie en 1915, incitant la Turquie à faire son «travail de mémoire» sur ces dits événements (lesdits massacres de milliers d'Arméniens par l'Empire ottoman en 1915).Et M.Hollande de souligner: «Le travail de mémoire est toujours douloureux, mais doit être fait.» A la bonne heure! Mais, ce n'est pas du tout ce qu'il recommande pour son propre pays, la France, dont l'histoire coloniale est émaillée de crimes plus ou moins inqualifiables (du crime de guerre au génocide en passant par les crimes contre l'humanité). Ce sont des centaines de milliers d'Africains tués en plus d'un siècle de colonisation. L'Algérie, elle, a payé un lourd tribu à la guerre coloniale que la France a imposée à notre pays. L'historien, sociologue et écrivain algérien, Mustapha Lacheraf (1917-2007) dans son livre Algérie, Nation et société (édition Sned) chiffre à trois millions le nombre d'Algériens tués par les soldats du Royaume de France, entre 1830 - début de l'invasion française - et 1880. C'est-à-dire en 50 ans de conquête de l'Algérie. Or, loin de faire ce «travail de mémoire» la France a glorifié la colonisation par la loi 2005-158 du 23 février 2005, portant «reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés» tout en faisant référence au «rôle positif de la présence française outre-mer».En visite officielle à Alger, en décembre 2012, le président François Hollande s'est limité à déplorer les «132 ans» pendant lesquels «l'Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal» se gardant de qualifier la colonisation pour ce qu'elle a été un pogrom qui visait à vider le pays de sa population native, pour laisser place à la colonisation, à l'instar de ce qui eut lieu dans le Nouveau Monde et le génocide des Peaux rouges amérindiens. Ainsi, M.Hollande qui exhorte, plutôt instruit les autres de faire «un travail de mémoire» ne le fait pas pour son pays ou ne demande pas aux instances qualifiées de son pays de le faire. Or, avant de demander aux gens de balayer devant leur porte, il fallait commencer par le faire chez soi en donnant l'exemple, ne serait-ce que pour la crédibilité de ce que l'on veut «enseigner» aux autres. Surtout que la France, qui se veut «guide» en matière de droit et plus singulièrement de droits de l'homme, n'étend pas à elle-même ce qu'elle veut que les autres appliquent.Il en est ainsi de la loi 2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915, invalidée toutefois par le Conseil constitutionnel français. A la question de savoir si la France compte, éventuellement, initier une nouvelle loi française réprimant la négation du génocide (arménien), le chef de l'Etat français a assuré que la France «fera le droit et rien que le droit». Quel droit' Revenant à Alger sur les massacres de Sétif et de la région du Nord-Constantinois en 1945, François Hollande a expliqué qu' «à Sétif, la France a manqué à ses valeurs universelles», mais sans s'en repentir pour la France et sans demander à la France ce «travail de mémoire» qu'il professe pour les autres. Hélas!


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