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Histoires vraies Le portrait de son papa (2e partie)



Histoires vraies                                    Le portrait de son papa (2e partie)
Résumé de la 1re partie - Henri, complètement défiguré, subira différentes greffes pour retrouver un visage loin de lui ressembler...
Pourtant, une fois le choc passé, il se raisonne. Il ne doit pas se plaindre. Son sort est enviable comparé à celui de tant d'autres victimes de la guerre. Et c'est avec cette idée en tête qu'il rentre chez lui, début 1947. Mais c'est alors qu'il met le pied sur les quais d'Alger que le drame commence véritablement. C'est sa mère qu'il aperçoit en premier. Il s'avance dans sa direction, tandis qu'elle continue à le chercher des yeux. Arrivé à sa hauteur, il lui pose la main sur l'épaule.
' C'est moi, maman.
La pauvre femme a une expression de stupeur. Elle ouvre la bouche pour dire quelque chose, ne parvient pas à articuler quoi que ce soit et s'évanouit. Simone, sa femme, ne s'évanouit pas, mais elle refuse de l'embrasser.
' Je n'ose pas... Tu comprends. J'ai l'impression que c'est un autre.
Un autre... C'est exactement de cela qu'il s'agit et cette situation va vite rendre intenable leur vie conjugale. C'est comme si un étranger s'était glissé entre eux. Simone fit tous ses efforts pour être comme avant, mais elle n'y réussit pas toujours et il en souffre énormément.
Il souffre quand elle est froide et distante, bien sûr, mais il souffre aussi, et plus encore, lorsqu'elle parvient à se montrer tendre. A ces moments-là, c'est pire que tout. Il a l'impression qu'elle le trompe avec cet apollon dont il a les traits, avec ce ridicule mannequin de mode masculine. Et il lui arrive alors de la repousser avec violence.
' Laisse-moi ! Tu m'entends ' Laisse-moi !... Cherche-toi un type du genre bellâtre, puisque c'est cela qui te plaît !
Et en dehors de son ménage, c'est pareil. Ses amis et connaissances ont, malgré eux, les mêmes réactions de surprise et de crainte. On reconnaît sa voix, mais elle est dans le corps d'un autre. Quand il passe dans la rue, des femmes se signent. On l'évite, comme un fantôme ou un pestiféré.
Alors, au bout d'un an, Henri renonce. Il comprend qu'il n'y a rien à faire pour sauver son couple : il divorce. Il le fit avec d'autant moins de mal que Simone et lui n'ont pas d'enfant. Il comprend aussi qu'il ne lui est pas possible de vivre avec ceux qui l'ont connu. Auprès d'eux, il ne rencontrera que malaise et incompréhension. Tant pis pour sa famille, tant pis pour son soleil ! Il doit tout quitter pour se faire une vie neuve, aussi différente de l'ancienne que son visage actuel l'est du précédent.
S'il choisit d'habiter Paris, c'est tout simplement parce qu'il n'y est jamais allé et qu'il y sera parfaitement anonyme. Par chance pour lui, ses supérieurs dans la RAF ne l'abandonnent pas. Lorsqu'il s'adresse à eux pour leur demander de l'aide, ils se montrent compréhensifs et lui obtiennent un poste de représentant d'une firme anglaise dans la capitale.
Et au début, tout semble se présenter pour le mieux. Il se fait très bien à son nouvel emploi qui a, en outre, l'avantage d'être confortablement payé. Il s'adapte tout aussi bien à la vie parisienne qu'il trouve tout à fait à son goût. Ses moyens lui permettent de fréquenter les endroits à la mode et, avec son physique de cinéma, il va de conquête féminine en conquête féminine. Henri se prend, pour la première fois depuis ce sinistre jour de septembre 1944, à croire en l'avenir. Il n'a qu'à mener joyeuse vie jusqu'au moment où il rencontrera celle avec qui ce sera vraiment sérieux : c'est aussi simple que cela ! (A suivre...)
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