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Histoires d'eau



Histoires d'eau
«Qu'un ami véritable est une douce chose!» La Fontaine.On ne pouvait mieux tomber quand on est branché sur un sujet aussi profond que l'eau. C'est, pour ainsi dire, mon ami Lounès qui m'a mis l'eau à la bouche en me proposant de prendre comme premier sujet de chronique cet élément si essentiel, l'existence de la vie sur terre. La première fois que je pris connaissance de l'importance de l'eau, c'était à l'occasion d'un passage d'examen. J'avais dix-huit ans et j'avais quitté le lycée pour entrer dans la vie active. C'est ainsi que je répondis à l'annonce parue dans la presse d'un prochain examen pour la formation de métiers du cinéma. C'était un ami qui m'avait montré l'annonce à qui voulait bifurquer vers le 7ème art alors que l'enseignement lui tendait les bras. La convocation à l'examen me parvint alors que j'étais moniteur de colonie de vacances à Novi, près de Cherchell. Je passai avec succès les épreuves écrites et je subis l'oral quelques jours plus tard. Je dus faire face alors à deux examinateurs: un Polonais qui s'exprimait assez bien en français et un Algérien dont le regard clair et franc pouvait annihiler le trac chez tout candidat timide. Quand j'ouvris la bouche pour répondre à la première question, mon accent rocailleux provoqua un large sourire chez l'examinateur algérien. Il me questionna aussitôt sur mon village d'origine. Quand je lui répondis, un sourire encore plus large illumina son visage: «Elle existe toujours votre merveilleuse fontaine' Son eau est d'un goût merveilleux.» Cette répartie me réconforta et je me sentis plus à l'aise devant ces examinateurs d'un nouveau jour. Quand je sortis de la pièce de l'immeuble des «Asphodèles», j'appris que l'Algérien n'était autre que Abderrahmane Bouguermouh. Enfin, quelqu'un qui connaissait le village situé dans un cul-de-sac mais avec une magnifique ressource: l'eau. Il est vrai que la fontaine située sous la place du village attirait l'attention des rares touristes qui venaient à passer par là. En réalité, les touristes ne venaient ni pour visiter une quelconque ruine, ni pour jouir d'un panorama exceptionnel: ils venaient le plus souvent pour visiter les deux missions catholique et protestante qui occupaient les deux ailes de la partie supérieure du village. Cette ressource en eau avait aussi dès l'occupation française, attiré l'attention des missionnaires qui choisirent le village comme troisième lieu d'implantation, après Alger et Biskra. Ce choix fut une bénédiction pour ce coin déshérité qui n'arrivait point à nourrir ses enfants dont la plupart étaient voués à un exil économique vers les riches plaines du littoral ou vers la lointaine et froide Europe.
L'eau était aussi pour quelque chose dans l'édification d'une superbe école qui valut au village toutes les jalousies conjuguées des villages avoisinants. Et c'est cette eau aussi qui attira les premiers colons romains qui laissèrent quelques traces sur la partie supérieure du village: leur camp devait être situé sur la crête de la colline qui surplombe le village. Et c'est en surfant sur Internet que je suis tombé sur le blog d'un ancien chasseur alpin qui avait fait son service militaire durant la guerre de libération, du côté d'Iâazouggen. Il raconta qu'un Marocain de passage avait déclaré un jour aux habitants du village qu'il avait trouvé la source d'où venait toute l'eau qui donnait vie au village. Les villageois lui promirent une récompense s'il leur montrait ce lieu d'une haute importance stratégique. Quand il les emmena au lieudit «Tizi N'Terga», les villageois le décapitèrent et rentrèrent chez eux rassurés de jouir encore longtemps des bienfaits de la divine providence.


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