
Décrypter l'histoire de notre pays dans la sérénité n'est pas une mission aisée pour les étudiants et les enseignants d'histoire. L'université algérienne est une boîte à idées où les tendances se fondent et se confondent dans les convictions de chacun. La filière devient l'épicentre de tous les débats, que certains experts tentent d'apaiser.«Je tiens à passer mon examen, car je voudrais me spécialiser et écrire des livres sur l'histoire de notre pays. Il y a trop de zones d'ombre et peu de livres pour élucider certains mystères, maintenus par le système», déclare Amine D., étudiant en histoire, qui passe son master à l'université d'Alger 2 (Bouzaréah). Il vient de se déplacer de Sétif pour passer son examen. «Je suis angoissé parce que j'ai eu des échos sur le programme LMD qui risque de changer. Je craignais qu'ils annulent ou reportent nos examens.Je ne suis pas confiant car cet après-midi j'ai un autre examen de langue étrangère», dit Amine désespéré. «J'ai opté pour l'anglais, mais je suis loin d'avoir le niveau», regrette-t-il. La même angoisse est partagée par Meriem T., étudiante en histoire à l'université d'Alger 2, qui doute de sa réussite. «Je voulais passer mon master pour voir le niveau, mais avec la langue étrangère, c'est comme si on devait apprendre de force un module inutile. C'est comme pour ceux qui étudient la littérature française, ils sont obligés d'avoir le module d'arabe ! Pourquoi un tel module dans cette licence ' Les étudiants en langue française ne risquent pas d'oublier l'arabe, non '» s'interroge-t-elle.Des dizaines d'étudiants se sont présentés dimanche dernier à l'université d'Alger 2, certains viennent des autres wilayas pour passer le master et le doctorat. «Nous recevons à chaque concours de doctorat beaucoup d'étudiants des autres wilayas. Même avant le doctorat, nous trouvons des masters qui existent uniquement à Alger. Sur ce plan, l'université d'Alger est évidemment en avance du point de vue de l'encadrement et elle se fait un devoir de former des étudiants d'autres wilayas en vue de diversifier et renforcer l'encadrement dans d'autres universités», explique Ahmed Charafeddine, docteur en histoire moderne et contemporaine à l'université d'Alger.Polémiques«L'origine géographique des candidats n'est pas définie par les textes réglementaires. Pour le master, ceux qui aspirent étudier une spécialité inexistante dans leur université d'origine viennent à Alger. Pour le doctorat, beaucoup de candidats d'autres universités viennent tenter leur chance à l'université d'Alger pour une question de prestige», précise le professeur Charafeddine. Arrivé à Alger le jour de l'examen de master, Amir. H., un étudiant natif de Ouargla, est installé dans la capitale depuis plus d'un an pour éviter les longs trajets.«Dès que j'ai obtenu ma licence, j'ai voulu aller plus loin. Mon objectif est de présenter mon master, puis mon doctorat afin d'approfondir mes recherches sur l'histoire de notre pays et présenter des travaux crédibles», explique-t-il «Le système LMD devait faciliter la mobilité entre différentes disciplines et ne pas piéger les étudiants dans une éternelle course contre la montre.Si on instaure le LMD, on devrait assurer les spécialités dans toutes les universités d'Algérie et non pas concentrer le tout à Alger. Pourquoi les Algérois n'iraient-ils pas au Sud pour apprendre la préhistoire par exemple '» se demande-t-il. Pour Zaïm Belenouar, historien et auteur, «l'enseignement de l'histoire a toujours eu pour objectif d'ancrer le sentiment d'identité nationale dans tous les discours et les travaux présentés par les étudiants».Think tank«On parle de l'identité algérienne, de l'unité nationale, mais le fondement même de cette identité est composé de plusieurs entités toutes aussi complexes. On doit cesser d'instrumentaliser l'histoire pour le politique», suggère M. Belenouar. Si l'apprentissage de l'histoire, de l'école à l'université, suscite autant de remous, c'est aussi à cause du «manque de transparence» que comportent certains programmes. «Il m'est arrivé de trouver des erreurs dans des cours ; à l'université, on peut en parler avec le prof.Cependant, quand on est au lycée, c'est plus compliqué, les professeurs ne sont pas aussi chauds pour en débattre», fait remarquer Amel Bellouli, chercheuse en histoire à Alger, qui est aussi auteure d'un livre qui sortira en 2017 aux éditions Dar El Mawhiba. «Pour apprendre l'histoire aux étudiants et les sensibiliser à la recherche, il est impératif de montrer une ambition pédagogique ; un historien n'est pas là pour régler les problèmes de notre société et justifier les actions de certains politiciens ou partis politiques.Le rôle de l'historien est d'apaiser les discours, apporter des arguments sûrs et donner les moyens aux futurs doctorants d'acquérir le sens critique qui n'est pas forcément inné», précise-t-elle. «Le débat ne devrait pas être perçu comme une menace. Dans la majorité des grandes universités du monde, des sessions de débats existent. C'est vers cet apprentissage que je voudrais centrer mon projet de création de think tank. Une façon de dépoussiérer l'image du chercheur et de l'historien en créant une interaction avec les citoyens, car l'histoire est l'affaire de tous», dit-elle.IncohérenceL'histoire complexe de notre pays nous apprend que dans l'histoire il y a des histoires qui se composent et se décomposent au gré des thèses, des recherches et des livres qui sont publiés chaque année. «Une recherche ne devrait pas refléter les préjugés, les convictions et les susceptibilités d'un historien», juge Nabil Hirèche, sociologue et écrivain.«Depuis plus d'une décennie, j'ai essayé d'écrire un livre sur le Congrès de la Soummam, en tentant d'apporter une réflexion générale sur cet épisode crucial de notre histoire. En rassemblant mes témoignages, mes notes et mes enquêtes dans le pays et à l'étranger, je me suis rendu compte que les gens n'arrivent pas à être en paix pour raconter notre histoire, ne serait-ce que relater ce qui s'est passé ce jour-là.C'est un exercice compliqué pour certains, d'autres l'ont carrément oublié et le manque de cohérence fausse les pistes que je tenais», explique-t-il. «L'incohérence agite le système éducatif et par là même la mémoire collective. Aujourd'hui, ce sont les étudiants qui en souffrent le plus. Ils doivent revisiter l'histoire et pouvoir, à long terme, créer de nouvelles ressources pour un apprentissage serein et sain», conclut-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Faten Hayed
Source : www.elwatan.com