Alger - Revue de Presse

Harraga et hagarra



Hagarra est l?anagramme de harraga. Pourquoi il y a des harraga, c?est parce qu?il y a la hogra. Les harraga veulent partir coûte que coûte, même au prix de leur vie, chercher d?autres horizons où il y a beaucoup de harraga mais où il n?y a pas de hagarra, c?est-à-dire derrière la mer.

Les Harraga sont audacieux, fuient la hogra, ils n?ont pas de logement car c?est les hagarra qui donnent les logements; les harraga n?ont pas de travail car ils ne comptent jamais de hagarra parmi leurs amis. Les harraga font partie de la plèbe, pas du prolétariat car ces derniers ont au moins un travail. Le haggar, lui c?est un baron, il a voiture, belle villa et même se permet des vacances à l?étranger, il ne sera jamais un harrag car son visa, il l?obtient illico presto. Le Harrag lui, n?est pas riche, et même pour avoir le visa, c?est véritablement un parcours de combattant, alors avec la seule fortune qu?il a, il s?achète une embarcation de fortune pour traverser la mer quitte à couler avec.

Le jour «J», le harrag, les yeux hagards, tentera contre bonne ou mauvaise fortune une périlleuse traversée de la Méditerranée pour essayer de débarquer dans un rivage anonyme ou être repêché, cadavre inerte que les eaux ballottent à leur guise. L?analyse introspective du harrag par les psychologues et les sociologues permet de dire que s?il y a des harraga, c?est à cause des hagarra, la hogra dans ces administrations en faillite, dans ces entreprises improductives, cet environnement agressif envahi par les sachets en plastique qui ne permet pas de rêver (le rêve c?est aussi une sorte de harga). Le piston, le benaamiss, le régionalisme, le sahbisme et la gabegie, c?est cette hogra caractérisée qui est derrière ce flux de harraga, des jeunes pour la plupart, et si ce n?était mon âge avancé, c?est sûr que moi aussi je me ferai harrag sans réticence. Comble de malheur, le dernier amendement, apporté à la loi qui a demandé la mobilisation des Beni oui-oui, rend passible de tribunal le harrag, pourtant un phénomène récent alors que le haggar, qui a toujours fait partie du microcosme algérien, n?est pas inclus dans le lexique de cette législation car il est maître chez lui et se complait à nager dans des eaux très troubles mais très calmes.


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