On a tous fauté
Plus de la moitié des Algériens ont refusé d’aller voter. L’injonction du ministère de l’Intérieur, par lettres «d’intimidation» interposées, n’a pas eu l’effet escompté. Malgré des résultats très mitigés, et saupoudrant son intervention de compréhension et d’indulgence, mettant tout sur le compte d’une météo épouvantable, Zerhouni se déclarera satisfait de ce nouvel échec de la classe politique qui éprouve toutes les peines du monde à capter l’attention des électeurs. A Oran où le soleil était au rendez-vous, par exemple, le taux de participation communiqué n’aura été que de 37% à peine, dépassant ceux d’Alger et de Constantine qui n’ont pas réussi à atteindre le seuil symbolique des 30%, en dépit du fait que des émeutes aient secoué El-Hamri et que le vieux quartier ait reçu son lot de deuils.Les résultats enregistrés, loin de toute surenchère, n’auront convaincu personne. Ni les vainqueurs qui ont -victoire oblige- loué la régularité du scrutin, ni les perdants qui chanteront pour les mêmes raisons les éternelles litanies. 12% de bulletins nuls constituent un taux anormalement élevé car il complique l’appréciation objective d’une consultation au sujet de laquelle spots télévisés de citoyens déclarant leur patriotisme débordant et appels des partis n’ont pas tari. Ce ne sera pas tant le contenu des papillons que des électeurs ont glissés dans les petites enveloppes bleues et blanches qui compte, mais leur nombre, car près de deux millions d’Algériens ont voté pour ne pas fauter et prendre le risque de se mettre à dos une administration aux humeurs déjà versatiles. Le propos n’est pas de vouloir grossir les rangs de ceux qui chargent pour charger mais de dire que le MICL gagnerait à garder et étudier les bulletins nuls s’il désire obtenir le meilleur retour d’écoute des votants et comprendre leurs griefs ainsi que ceux de leurs enfants car bon nombre de ces millions de bulletins nuls ont été les chefs d’œuvre d’auteurs non arrivés en âge de s’exprimer devant une urne. Et si les Algériens refusent de voter, en dépit du fait que les municipales sont censées les toucher dans leur quotidien, c’est parce qu’ils n’ont pas choisi ces représentants qui ont été sélectionnés pour eux par des états-majors qui ne les ont jamais consultés. La meilleure preuve de cette démocratie subite -et la plus ridicule parfois- est matérialisée par ces nomades derrière lesquels des convois de 4x4 courent dans l’immensité du désert, en «pure perte». Des électeurs mobiles qui seront peut-être en Mauritanie, au Niger ou au Mali quand les élus qu’ils ont choisis se mettront d’accord pour élire leur président.
Zerhouni, qui répondait aux questions d’une consœur sur les ondes de la radio, rejetait la faute sur «les médias et les citoyens qui ne savent pas choisir leurs représentants» tout en déclarant que les «Collectivités locales étaient là» durant ces sombres journées où des vies humaines partaient. L’agent de voirie qui tentait courageusement d’évacuer les impressionnants flots qui menaçaient un quartier d’Oran avec un ridicule fil de fer reflète-t-il cette présence ou constitue-t-il une pièce à conviction contre les élus qui ont fait exactement les mêmes promesses en 2002? Toute la question est là, car les Algériens ne savent plus s’ils ont fauté en votant ou s’ils ont voté en fautant.
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Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com