Cultiver la culture de la Culture
Il semblerait que l’Etat policier s’installe doucettement à l’om-bre de l’Etat de droit que le président de la République s’est évertué à promouvoir depuis son élection à la magistrature suprême. Des voix s’élèvent, ici et là, qui pour menacer de sanctions des contestataires qui réclament des droits, qui pour contraindre d’autres à déclarer un patrimoine alors que ceux qui sont censés le faire, parce que la loi les y oblige, ne le font pas. Cultiver la culture de la Culture n’est pas un idiome. Un jeu de mots, non plus. Pour cultiver, il faut avoir un savoir-faire. La culture est un art et l’autre, la Culture, est un acquis. On ne cultive pas une Culture comme on cultiverait des légumes. A plus forte raison quand il s’agit de milieu universitaire et que le champ à cultiver est composé de sommités, un vivier, dont la culture surclasse celle du cultivateur.
Face à la grève des enseignants du Supérieur, certains responsables ne sont pas allés de main morte: blocage ou gel des salaires, pas de rémunérations pour les mois de vacances, et suppression des stages scientifiques à l’étranger. C’est à dire le laminage de tout l’avenir et de ce à quoi aspire le magister ou le docteur universitaire qui a choisi de rester, en dépit de tout, en Algérie. Un orage d’été qui s’abat sur un champ de blé mûri, n’aurait pas fait plus de dégâts sur les cultures. Le CNES a le mérite de poser correctement l’équation du problème en identifiant toutes les inconnues. Au ministère de tutelle de la résoudre. Méthodiquement. En utilisant les moyens scientifiques dont il est censé détenir le monopole. Sans brutalité. Que l’enseignant universitaire réclame un logement, un statut et un salaire, fut-il d’une dizaine de millions de centimes -ou plus- c’est à l’Etat de trouver la solution en acceptant ou en faisant des contre-propositions pour aboutir, non pas à un compromis, mais à un résultat qui fera que l’enseignant soit l’Universitaire et l’université, une Institution qui gagnera ses titres de noblesse. A la tutelle de placer les passerelles qui permettront à tout le monde d’aller dans un sens ou dans l’autre, sans qu’il n’y ait d’embouteillage qui bloquerait, au beau milieu de la chaussée, l’étudiant en fin de cursus.
Si la formation professionnelle -ou celle censée l’être- du cancre exclu du système scolaire coûte à l’Etat la moyenne de 50 millions de centimes, à combien s’élève celle d’un étudiant qui a surmonté tous les obstacles et auquel il ne reste qu’un ultime examen pour qu’il puisse être rentable et rembourser sa dette à l’Etat qui a consenti tant de sacrifices? Un pays ne vit que par ses élites, c’est-à-dire ses universitaires. Si ces derniers sont brimés, si on ne discute avec eux qu’à travers la menace, il vaut mieux renoncer au Savoir et à la Culture et se consacrer à l’agriculture. Et attendre que le Ciel soit clément.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com