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«Guitoune» à Cannes Arret sur image



«Guitoune» à Cannes Arret sur image
Y a-t-il un cinéma algérien ' Pour saugrenue qu'elle paraît, la question doit être posée. Et sa réponse ne peut se limiter à un «Oui» ou un «Non». Des films sont réalisés en Algérie, avec des acteurs algériens et des entreprises de productions nationales. Pour autant, on ne peut dire que nous avons un cinéma. Car, le propre d'un cinéma est d'être visible pour tous. Combien d'Algériens, pas d'Algérois, ont vu tous ces films «made in Algeria» ' Où sont les salles pour les projeter' A ce niveau déjà, on peut constater que notre cinéma se limite à la réalisation de quelques films qui tournent dans des festivals avant de disparaître des écrans, jusqu'au prochain rendez-vous cinématographique.
Si on creuse un peu plus, surgira la question des conditions de travail, tous corps de métiers confondus, dans le monde du 7e art, qui sont tout simplement désastreuses. Faire un film s'apparente à réaliser un miracle tant les manques, les lacunes et les écueils sont présents à tous les niveaux et toutes les étapes. La formation encore balbutiante, pour ne pas dire inexistante. Où sont les instituts, les écoles et les universités qui formeront nos directeurs photos, nos scriptes, nos metteurs en scène, nos spécialistes en effets spéciaux, nos monteurs, nos acteurs' ' Où sont nos laboratoires, nos distributeurs, nos promoteurs, nos spécialistes post-prod' ' Cette vacuité oblige le cinéaste, quand il est professionnel et exigeant, à soit tout «importer» - ce qui n'empêchera pas le film d'avoir la nationalité algérienne et de représenter l'Algérie, comme nous l'avons vu maintes fois-, soit brider ses exigences et se contenter du «local», avec toutes ses carences. Dès lors, il devra trouver des acteurs relativement bons et capables d'interpréter le rôle convenablement et toute l'équipe technique. Cela en considérant qu'il avait préalablement réussi à faire son montage financier, qui est un autre combat que ne peuvent remporter que ceux ayant leurs entrées et leurs appuis pour décrocher aides, subventions et sponsors. Et quand tout ça est réuni, le film en boîte n'en sortira qu'à l'occasion de' Car on en est encore à essayer de remettre sur pied l'infrastructure que nous avons gaillardement démantelée. La ministre de la Culture, Khalida Toumi, l'a d'ailleurs clairement reconnu en affirmant dernièrement que son département allait reprendre la restauration des salles de cinéma déjà entreprise par les communes, à coup de millions de dinars. Retour à la case «Départ» donc, avec une autre dépense à la clé. Mais pour mieux repartir, expliquera la ministre, car les salles seront réaménagées selon les normes internationales et avec les techniques HD (Haute définition). Quant à l'exploitation des futurs cinémas, elle sera confiée à une entreprise publique, laquelle déléguera la gestion à des établissements qui seront créés prochainement. En somme, rien n'est encore fait. Pis, Mme Toumi fera, implicitement, le même constat que nous faisons sur la déficience de la formation aux métiers du cinéma en insistant sur la nécessité de sa mise en place.
Le tour de la question fait, on ne peut que conclure que si l'Algérie a des films, quelques salles en chantiers et de l'argent, beaucoup d'argent, injecté, elle n'a cependant pas de cinéma, en tant qu'industrie ayant sa stratégie, ses mécanismes et, surtout, son marché, national d'abord, et international si on peut ensuite. Pourquoi alors débourser encore de l'argent pour entretenir une vitrine qui n'est qu'illusions et ersatz de cinéma ' Que va gagner le 7e art algérien inexistant avec ce fameux et fumeux pavillon que l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc) a décidé de réserver à Cannes, lors de la 66e édition de son Festival international du cinéma où, faut-il le préciser, aucun film algérien n'est présent ' Rien. Le ridicule n'ayant jamais tué, les organisateurs pousseront la bouffonnerie jusqu'à prétendre qu'ils vont travailler à la promotion de l'Algérie comme «destination cinématographique» ! Dire que tout un budget, en dinars et en devises, sera consacré à cette mystification qui est montée par une agence dont la mission première est d'être un vecteur de la culture algérienne non d'une illusion. Perte de temps et d'argent, alors que des priorités sont là à attendre depuis des lustres que l'Aarc, le ministère et d'autres institutions les prennent en charge. Quel gâchis'

H. G.
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