En pleinepsychose de la grippe aviaire, la rumeur avait ébranlé plus d'un et faitcraindre le pire à tout un pays. Le virus avait fait son apparition à Sid ElBachir, à quelque cinq kilomètres des portes Est d'Oran.Des mortssuspectes, frappant à intervalle réduit une même famille, avaient suffi parréveiller les peurs. Les analyses post mortem innocenteront le H5N1 mais laterreur s'était déjà insinuée. Cette histoire est vieille d'une année mais ellepeut toujours être d'actualité. Le prix du kilogramme du poulet, après unechute vertigineuse due à l'épisode de la grippe aviaire, flirte de nouveau avecses tarifs référentiels d'avant la médiatisation à outrance du virus. Leweek-end dernier, le poulet était cédé, chez les bouchers de la Bastille, à 245dinars le kilo alors qu'il y a un peu plus d'une année, les gens hésitaientmême à l'acheter à 100 dinars le kilo. Le plus dur semble être passé pour lesprofessionnels du secteur aviaire et les consommateurs de la viande blanchedonnent l'impression d'avoir oublié la psychose qui avait accompagné lephénomène, mais l'équilibre est tout de même précaire et il n'en faut pas plusqu'une alerte sérieuse relayée par la parabole pour que tout reparte. Chez lesbouchers, l'ambiance est à la sérénité et on touche du bois pour que toutfonctionne comme auparavant. «Les prix ont repris leurs cours normaux, au fildes jours, parce que la télé ne parlait plus de la grippe et les gens ontrepris leurs habitudes de consommation», résumera Hamid, propriétaire d'uneboucherie dans un quartier populaire de la ville. Du côté des consommateurs, onpréfère avoir le poulet à moins cher mais... «Tant qu'il n'y a pas de danger,je continue à manger du poulet», nous dira une vieille femme abordée devant sonboucher habituel. Le même son de cloche est dans la bouche de presque tous leshabitués de la viande blanche. Diplômé de l'Ecole nationale vétérinaired'Alfort à Paris et auteur du seul ouvrage de référence en Afrique sur laquestion, intitulé «Grippe aviaire: l'Algérie menacée ?», le Dr Chérif Lahdiri,vétérinaire spécialiste en pathologie aviaire, est catégorique en ce quiconcerne les lendemains de cette peur irraisonnée qui avait frappé lesconsommateurs algériens. «L'idée est, que même si aujourd'hui l'actualitémédiatique est moins forte, l'Egypte vient de compter, cette semaine sa 25èmevictime humaine. Il ne faut en aucun cas baisser la garde. Le risque est là,omniprésent. Le danger est loin d'être écarté», affirme-t-il avant de revenirsur l'historique de ce virus qui, faut-il le souligner, n'avait pas touchél'Algérie. «Pendant plus de six terribles mois de l'an dernier, la plupart desmarchés bradaient leurs volailles. La crise commerciale s'est installée bienque la maladie n'ait frappé aucun élevage dans tout le pays. Toute la filièreavicole, quelque 200.000 emplois, a été tétanisée par la psychose desconsommateurs. Six longs mois durant, accouveurs, éleveurs, coopératives,abattoirs, industriels et transformateurs avaient les yeux rivés sur les écransde télévision. Chaque mauvaise nouvelle faisait plonger les ventes de plus de10, 15 voire 30%. Au creux de la crise avicole, les ventes plongeaient de 50%alors que pas un seul animal n'était malade», tient-il à rappeler, histoire deremettre les pendules à l'heure. Notre interlocuteur, en prenant les exemplesde la proche Egypte, du Delta du Niger et du Nigeria, espère attirerl'attention des responsables du dossier «grippe aviaire» sur la nécessité derester en alerte contre d'éventuels dangers en provenance des pays contaminés.«A l'heure actuelle, des sarcelles du Nigeria se dirigent vers le lac Tchad.D'ici quelques jours, elles devraient prendre leur envol vers le Nord...L'Algérie n'est pas loin. Nous ne sommespas plus loin non plus de l'Egypte, pays le plus touché au monde, dont lestrois quarts de son territoire sont contaminés», expliquera-t-il en sedéfendant toutefois de tomber dans l'excès. «Il ne s'agit pas de cultiver laparanoïa mais de s'armer de moyens», déclarera-t-il. Comme mesurespréventives, le Dr Lahdiri préconisera plusieurs approches dont nous citeronsl'accroissement des mesures de surveillance des oiseaux sauvages, qui passeimpérativement par la mobilisation de l'ensemble du public pour déclarer lesoiseaux sauvages trouvés morts ainsi que celle des acteurs des milieux naturelset des gestionnaires des espaces publics. Il estime, également, que les moyensmis à la disposition des vétérinaires doivent être renforcés, devant leurpermettre de faire face à une éventuelle épizootie. Plus explicite, il dira àce sujet: «Concrètement, la profession a besoin d'équipements pouvantrecueillir un grand nombre de données et pallier, par exemple, le manqued'informations sur le sujet des oiseaux sauvages. 250.000 à 300.000 volatilestraversent le territoire algérien. Ils effectuent des haltes dans 560 zoneshumides recensées à travers le territoire national, dont 8 à Oran. Certes,toutes sont placées sous surveillance par plus de 5.000 agents forestiers etquelque 600 vétérinaires, mais faut-il avouer que, jusqu'à présent, lesmigrations sont bien connues en Europe et en Asie, mais c'est loin d'être lecas en Algérie et en Afrique en général. Sur ce continent, le suivi ne se faitque par comptage des populations d'oiseaux sauvages dans chaque pays ou bienpar baguage. Or, ce sont cinqmillions de canards d'Eurasie qui, chaque année, passent l'hiver en Afriquesubsaharienne. Quant aux canards africains, on estime qu'ils sont plus de 4millions à effectuer des déplacements entre les différentes régions ducontinent». Il insistera, par ailleurs, sur le rôle des ornithologues quidoivent disposer, eux aussi, d'équipements adéquats, «des balises» pourconnaître le nombre d'étapes et la localisation des arrêts pendant la migrationdes volatiles sauvages qui ont, en effet, lieu en zones humides, propices auxtransmissions de pathogènes, et où la mixité entre différentes espèces estélevée.Notreinterlocuteur pointe d'un doigt accusateur les éventuelles et différentes voiesde pénétration du virus dans notre pays et pour qui la transmission d'un pays àl'autre, et d'un foyer à l'autre, se fait soit via les oiseaux migrateurs, lecommerce légal ou illicite, d'où l'importance des mesures de protection desfrontières et des mouvements d'animaux. «Les oiseauxmigrateurs ne sont jamais loin. Le virus peut aussi être amené par l'homme,soit caché dans les aliments, soit en s'accrochant aux bottes ou aux roues descamions. L'autre cheval de Troie du H5N1, ce sont les poussins d'un jour ou lesoeufs à couver livrés aux élevages en batterie. C'est ainsi que la grippeaviaire a fait son entrée au Nigeria, via des oeufs contaminés importésillégalement d'Asie par un élevage industriel. Les élevages en batterie sontdes proies faciles pour le H5N1. Les volailles industrielles sont moinsrésistantes aux virus que les oiseaux sauvages et, vu les densités, l'épidémiese propage comme un feu de paille, à moins de sanctuariser le poulailler pardes mesures d'hygiène draconiennes». Il s'interrogera au passage sur l'avenirde la stratégie commune mise en place, il y a une année, par les paysmaghrébins pour lutter contre la grippe aviaire et renforcer le contrôle surles oiseaux migrateurs à travers des échanges d'expertises, d'informations etde résultats d'analyses.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ayoub El Mehdi
Source : www.lequotidien-oran.com