Alger - A la une

Grève et rassemblement des avocats d'Alger



Cette action a été l'occasion pour les robes noires de réclamer la libération de leur confrère de Tébessa placé sous mandat de dépôt.Des dizaines d'avocats du barreau d'Alger se sont rassemblés hier matin devant le tribunal de Sidi M'hamed, sis à la rue Abane-Ramdane, au c?ur de la capitale, parallèlement à leur boycott du travail judiciaire au niveau des tribunaux d'Alger pour protester contre ce qu'ils qualifient de "dépassements dangereux" contre leur corporation, une semaine après l'affaire du véhicule d'un de leur confrère qui a été envoyé à la fourrière par le procureur du tribunal de Dar El-Beïda.
Organisé à l'appel de l'Ordre des avocats d'Alger, le sit-in a connu un petit moment de tension avec les forces de l'ordre déployées autour du tribunal dès les premières heures de la matinée.
En effet, les avocats ont quitté l'enceinte du tribunal pour organiser leur sit-in dans la rue, mais ils en ont été empêchés par les policiers, non sans quelques petits accrochages verbaux et de discrets coups de matraque pour contenir les "robes noires" dans un périmètre réduit et dégager la voie devant les automobilistes.
Ce à quoi les avocats protestataires ont répondu en ch?ur par "Barakat, barakat, la justice des instructions". Un slogan qu'ils ont scandé tout en brandissant des pancartes sur lesquelles étaient écrits en arabe : "Pas de justice sans droits", "Basta l'humiliation et les dépassements", et en criant également "Ya Abane, ya Abane el-mouhami la yuhan" (Abane, l'avocat ne doit pas se faire humilier), en référence à Abane Ramdane, dont le nom est donné à cette rue.
"L'Algérie a besoin d'une véritable justice, équitable, et non pas celle des instructions, du téléphone, de l'arbitraire et de la hogra. Y en a marre !", a déclaré au micro Me Abdelmadjid Sellini, à l'adresse de ses confrères, avant de demander aux avocats d'ouvrir le passage qu'ils ont momentanément bloqué aux automobilistes, pressés de fuir la chaleur suffocante d'Alger. Interrogés sur place, des avocats sont unanimes à penser que des parties au sein de l'appareil judiciaire cherchent le pourrissement et voient en les robes noires des ennemis au lieu d'en faire des partenaires pour le bon fonctionnement de la Justice et pour une "justice équitable et éthique" en Algérie.
Il faut dire que depuis le début de la Révolution populaire du 19 Février 2019, le secteur de la justice est plus que secoué par des tensions et des grèves, et les avocats, dont beaucoup sont engagés dans la défense des détenus politiques et d'opinion, sont dans l'?il du cyclone. D'ailleurs, l'un des leurs, Me Arslène Raouf du barreau de Tébessa, est derrière les barreaux depuis près de deux mois, en attendant son procès.
L'avocat et militant du Hirak est poursuivi pour sa présumée appartenance à l'association Rachad, récemment classée par les autorités comme "organisation terroriste", avec d'autres militants et activistes de la société civile. Les avocats protestataires n'ont pas manqué d'exiger sa libération en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : "Libérez Raouf Arslène", estimant qu'il est injustement incarcéré.
Parallèlement au rassemblement d'hier, les avocats boycottent depuis le 4 juillet et pour une durée d'une semaine tout travail judiciaire au tribunal de Dar El-Beïda où l'incident qui a provoqué leur mouvement de protestation a eu lieu et où ils avaient bloqué l'entrée de cette institution durant une journée avec leurs voitures.
Ils ont aussi boycotté "les activités au tribunal criminel de première instance et à la cour d'Alger jusqu'à nouvel ordre", selon le communiqué du bâtonnat, en date du 3 juillet, dans lequel ils ont également affirmé qu'ils saisiraient les "plus hautes autorités du pays pour les mettre au courant quant aux dépassements et abus commis à l'endroit de la défense".

Lyès MENACER
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