Inimaginable il y
a quelques mois seulement ! Une journée parlementaire sur le thème «Réseaux
sociaux en ligne: analyse, enjeux et impact» a été organisée en ce lundi 9 mai
2001 au sein de l'Assemblée Populaire Nationale. Une première pour cette
institution.
Comme le rapporte
la presse, cette rencontre a été animée par des parlementaires, des
journalistes, des chercheurs universitaires à laquelle avaient pris part
également des ministres, des représentants du mouvement associatif, des
étudiants, des professionnels et des experts de la communication. Il semble que
cette journée ait été programmée un peu dans la précipitation car rien n'avait
filtré sur les préparatifs et surtout sur le choix des invités. Il aurait été
souhaitable que cette journée soit diffusée en direct et en rediffusion sur les
antennes de la télévision nationale pour la faire ressortir de sa coquille et
de sa torpeur actuelle. On pourrait quand-même
trouver une tranche d'horaires dans une télévision où les rediffusions à la
sauce turque et mexicaine font un malheur à longueur de l'année. Sans les
révolutions arabes, ce sujet serait resté sans aucun doute aux oubliettes et
constitué un tabou pour l'éternité mais un vent vient de souffler sur notre
pays et sur le peuple avide de nouvelles libertés synonymes de ces nouvelles
technologies de l'information et de la communication. Sans l'anticipation,
cette brise peut être suivie d'un ouragan si l'on ne s'intéresse pas plus
particulièrement aux problèmes de la jeunesse algérienne et des algériens en général.
Au fait, il n'y a
pas que les jeunes qui pullulent dans les réseaux sociaux. Les plus âgés sont
aussi des abonnés du célèbre Facebook dont l'audience
est en train d'exploser exponentiellement. Il est sans doute plus puissant que
le président des Etats-Unis lui-même. D'ailleurs, Barak Obama
l'avait subtilement utilisé en plus de Twitter pour
devenir président de l'actuelle première puissance mondiale contrairement à son
adversaire, le vieux Mc Caine
qui misait beaucoup plus sur les médias traditionnels. Les jeunes ont encore
une fois fait la différence.
C'est pour vous
signifier l'ampleur que sont en train de prendre les réseaux sociaux sur la
politique des TIC. On trouve de tous, des universitaires, des journalistes, des
représentants de la société civile, des anonymes, des chômeurs, etc.. Enfin toutes les tranches d'âge des algériens avec une
forte représentativité des jeunes.
Les collégiens,
les lycéens et les étudiants sont devenus de varis adeptes, des facebookiens très assidus. Ils passent beaucoup plus de
temps que devant un écran de TV. Ils racontent tous leurs problèmes sur ce
réseau qui est devenu un immense défouloir pour nos jeunes qui ne trouvent
aucun remède à travers le média traditionnel, qui se croit à travers l'ENTV, tenir en haleine tous les algériens. Le journal
télévisé de 20 heures qui était, autrefois, le moment fort et privilégié de
l'audimat, est abondonné sans cesse. Chacun peut
vérifier cela sur ses propres enfants. On jette de temps à autre un coup d'Å“il
pour voir si les choses ont changé mais brusquement on repart bredouilles plus
que jamais chassés.
Les journaux
consacrés aux pays du Maghreb d'Al-Jazeera et celui
de France 24, ont plus de saveur. Ils abordent tous les sujets que ne peut le
faire l'unique qui se croit être toujours le nombril de l'Algérie lorsqu'on
écoute le ton solennel de ses speakers, à part peut-être pour quelques
nostalgiques qui la regardent beaucoup plus par contrariété que par conviction.
Pendant ce temps,
Google, Facebook, Twitter, Youtube, DailyMotion et j'en passe, déroulent tranquillement sur un
terrain laissé vierge par nos gouvernants et en écrasant tout sur leur passage.
On peut lire une chronique d'un journaliste avant qu'elle ne soit ou pas
publiée dans son journal. C'est une peine perdue à l'avance. Nous ne sommes
plus comme l'ère d'avant. Il existe l'avant et l'après internet
où l'on pourrait retrouver son maître d'école dont on a perdu les coordonnées
depuis plus de 40 ans.
Nos étudiants et lycéens possèdent presque
tous un compte sur le numéro un des réseaux sociaux. C'est un engouement sans
limite. Ils échangent tout entre eux, les informations dans leurs moindres
détails. Ils déjouent toute manipulation en une seconde. Ils sont connectés en
permanence. On a tous vus comment les étudiants ont géré leur dernière grève.
Ils filment tous sur leur passage, toujours avec leurs téléphones portables
prêts à bondir et photographient toute scène suspecte et mise aussitôt en ligne
à la célérité de la lumière. On ne peut rien faire contre cette nouvelle
génération Facebook qui est en train de nous
surpasser en tous. Il faut juste se tourner vers eux et les comprendre comme on
le fait dans les pays outre-méditerranée. Ils peuvent
mettre en dérision n'importe quelle personnalité, politique, sportive ou
artistique. Leurs critiques sont acerbes et les caricatures constituent leur
terrain favori. Ils ont créé leur propre journal des guignols sans qu'ils ne
passent pas aucune censure ni ciseaux à l'ancienne. Ils n'ont aucune limite
sauf celle de l'éthique et de la déontologie lorsqu'ils n'agissent pas en
anonymes. Ils ne reculent devant rien. Ils ont les mains et les doigts libres
pour cliquer sur une icône sans aucune retenue, comme ils le désirent. Il
suffit de prendre leurs responsabilités. Ils peuvent briser une carrière
promise sans aucun remord. Attention, la génération souris est là, prête à
sévir.
Autrefois, ils
avaient besoin d'une autorisation spéciale pour se réunir, pour discuter. Plus
maintenant, ils peuvent discourir sans passer par un quelconque agrément. La
création d'une association n'est plus un parcours du combattant en faisant la
chaîne et demander des rendez-vous d'un bureau administratif à un autre. Il
suffit juste de surfer de son Netbook et choisir
entre les choix d'une page Web à une autre. Cela ne dépend plus d'un
bureaucrate qui peut vous créer tous les problèmes possibles et de vous mettre
toutes les embûches incroyables pour vous éjecter de toute idée moderne.
Internet a cassé
toutes les barrières pour créer son groupe sur le thème que l'on veut. On peut
devenir un ami de n'importe quelle personnalité de la planète même lorsqu'il
s'agit d'un président, d'un prince, d'un footballeur ou d'une star de pop.
Un groupe sur Facebook peut traiter les problèmes en une heure plus
qu'une tournée du pays de nos chefs de partis rouillés dans leurs anciens
dogmes. On peut même créer son propre parti en un click de la souris et faire
adhérer tous les êtres vivants sur la terre. Les invitations gratuites sur ce
site vous arrivent tous les jours. Vous êtes sollicités de toutes parts pour
donner un avis ou un conseil à un ami. Vous pouvez commenter n'importe quelle
info qui arrive sur le fil d'actualité et écrire tout ce qui vous passe par la
tête. On apprend à défendre et à débattre toute idée. Vous pouvez aimer ou ne
pas ne pas aimer quelque chose. Vos photos sont épluchées au plus profond des
détails.
En une seconde en
appuyant sur «amis seulement», ou «Amis de mes amis» ou «tout le monde», vous
pouvez balancer une information et toucher des millions de personnes se
trouvant sur la toile. Et comme la page Facebook est
la seconde page active à laquelle vont les internautes, le monde entier est à
votre écoute. Un SOS est vite repéré et la traque immédiatement lancée.
D'après les dernières
statiques disponibles, le nombre d'abonnés sur Facebook
des algériens dépasse allègrement les 2 millions. Ils étaient à peine la moitié
de ce chiffre il y a quelques mois seulement. Leur nombre ne cesse de croître
en dépit du bas débit, des coupures qui vous découragent et des points d'accès
qui font défaut si ce ne sont pas les cybers qui se
sont refaits une nouvelle agréable santé. Malgré qu'Il faut attendre des heures
avant de visionner une quelconque vidéo. Pourtant Internet n'a pas fait un bond
spectaculaire dans les foyers.
Lorsque les
budgets le permettent, Il faut s'attendre dans peu de temps à un second boom
dans l'utilisation des réseaux sociaux avec l'arrivée sur le marché,
actuellement timide due à son prix, du téléphone Iphone
et de la révolutionnaire tablette d'Ipad qui sont en
train de faire un tabac dans les pays dits riches technologiquement. Quant à
chez nous, on entend parfois des discours quelques fois attirants comme celui
dernièrement, à titre d'exemple, du ministre de la jeunesse et des sports et de
son homologue de l'information qui nous parlent de Blogs,
du phénomène des réseaux sociaux mais vite escamotés lorsqu'on regarde la
réalité de nos médias lourds qui roulent en sens contraire. A les entendre
parler, nous avons l'impression que l'on est en pleine révolution des médias
mais la réalité nous fait sursauter de nos rêves et la poudre aux yeux nous
fait retourner à la période d'avant le 17 décembre 2010.
Nous avons
toujours l'impression qu'il existe des forces occultes qui ne veulent pas du
bien à ce pays et qui veulent gouverner à contre-sens
mais ils oublient que la destinée va être confiée, tôt ou tard par les lois de
la nature, à ces jeunes qui sont en train de faire leur révolution pour le
moment virtuelle.
A force de les
oublier, ils ont créé leur monde à eux, leur espace pour respirer, leurs amis
réels ou fictifs pour partager, leurs propres réseaux pour s'informer en dehors
de toute tutelle. Ils vivent en Algérie mais déconnectés du monde des adultes
et des gouvernants. Ils ont inventé leur style qui est totalement différent du
monde des grands qui les ont trop complexés. Ils possèdent leurs visions des
choses qui les discernent distinctement des autres. Ils ont tout simplement
généré leur propre Algérie en attendant que nous nous effacions un jour devant
leur chemin qu'ils ont tracé.
Il faudrait mieux
les accompagner dans leur nouvelle révolution que d'être doublé, de rater
l'évènement et de passer à la trappe de l'histoire.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohammed Beghdad
Source : www.lequotidien-oran.com