Alger - A la une

GLISSEMENTS PROGRESSIFS EN BOURBIER MALIEN '



L'Algérie ne fait plus d'objections à une intervention militaire menée par des forces de la CEDEAO au nord du Mali. La participation d'experts algériens à une réunion à Bamako consacrée à l'intervention armée au nord du Mali est une confirmation nette. Sur le fond, du moment que le Conseil de sécurité a avalisé le projet d'intervention présenté par la CEDEAO, l'Algérie aurait fait preuve d'irréalisme si elle maintenait une ligne de refus d'une intervention militaire. Une résolution du Conseil de sécurité en faveur d'une intervention militaire dans un pays dispense clairement d'une approbation d'un pays voisin, fût-il important, voire le plus important.
Depuis que celle-ci a été adoptée, la question n'est plus celle de l'intervention ou non, mais celle du rôle de l'Algérie. C'était l'objet principal, voire unique, de la visite de Hillary Clinton à Alger et le briefing à la presse diffusé sur le site du département d'Etat est édifiant en ce sens. Pour les Américains, il est «naturel» que les Algériens qui disposent de la meilleure armée de la région sahélienne et dont la «connaissance» des groupes terroristes djihadistes est «unique» aient un rôle de leadership. Dans le briefing - et dans d'autres déclarations comme celles de Michael Pelletier, le «Mr Sahel» du département d'Etat -, les Américains n'ignorent rien des objections de principe de l'Algérie à s'engager militairement dans d'autres pays. C'est au demeurant une question qui mériterait un débat sérieux en Algérie. S'en tenir à la position de «principe» dans des situations où la sécurité nationale est en jeu (ce fut le cas pour la Libye, c'est le cas pour le Mali) pose problème.
Dans une situation idéale, l'Algérie aurait dû avoir les moyens de traiter des problèmes graves qui se posent dans les pays voisins sans attendre qu'une politique s'élabore ailleurs et dans laquelle on veut l'intégrer. Le concept de non-ingérence est respectable à condition d'admettre qu'il doit être nuancé dans le cas d'une détérioration de la situation interne dans des pays avec lesquels on partage des centaines de kilomètres de frontières. La crise libyenne et ses conséquences gravissimes sur le Mali créent des questionnements stratégiques nouveaux que les éléments de «doctrine» de la politique étrangère et de sécurité nationale ne prennent pas suffisamment en charge. A telle enseigne que dans le cas du Mali, l'Algérie donne l'impression d'être graduellement entraînée vers ce qu'elle ne désire pas vraiment.
Les Américains qui n'ignorent pas les raisons des réticences algériennes veulent que notre pays participe de manière active au «traitement» de la situation au nord du Mali. Toute la question est de savoir ce que «participation active» signifie vraiment. La communication officielle n'ayant rien de performant - on est fasciné par la distance sidérale qui existe avec celle des Etats-Unis à la lecture des briefings diffusés sur le site du département d'Etat -, on en est réduit à des supputations, voire à des convictions. Quand des experts algériens participent à une réunion à Bamako destinée à mettre au point le «concept d'opération», on peut légitimement s'interroger, jusqu'où ira la «participation active» de l'Algérie ' Malheureusement, en l'absence de briefings, on ne peut que spéculer et s'inquiéter de ce glissement progressif de l'Algérie vers l'intervention…
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