Radiographie de la capitale de la douleur
Un documentaire présentant quatre visions différentes sur comment appréhender sa ville d'Alger, celles de quatre réalisateurs algériens, à la faveur du Cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie.
Comment nos quatre cinéastes racontent- ils et vivent-ils cette date' Sont-ils enthousiastes' désintéressés, ou totalement indifférents' Quel sentiment portent-ils donc sur leur ville, appelée jadis la Blanche' Eux ce sont Yanis Koussim, Lamine Ammar-Khodja, Amina Zoubir, Hassen Ferhani, qu'Aurélie Charon et Caroline Gillet ont voulu interroger pour en savoir plus sur notre société aujourd'hui, au moyen qu'offre le cinéma avec ses ellipses, entre témoignages et mise en bayme.
Un documentaire est né donc, produit par Narrative et Une chambre à soi avec le soutien du CNC français et ce, pour le compte du quotidien français Libération. Voilà que nos jeunes cinéastes sont sollicités pour inscrire en mots et en images leur sensations et sentiments les plus personnels. Et ce, en toute liberté, faut -il le noter. «On leur a donné le champ libre» expliquera Tewfik Rays de la boîte Prod algérienne (Chambre à soi). Chose confirmée par le cinéaste Yanis Koussim. Manipulés' Eh bien non bien sûr, car c'était presque le sous-entendu de la question de ce vieux monsieur face à la déliquescence de certains points de vue ou propos émanant de ce film..Faut-il en avoir honte lorsqu'il s'agit alors de son propre pays, s'en cacher, faire l'autruche ou jouer au Tartufe pour se donner bonne conscience' Quel son de cloche donner de ce côté-ci de la Méditerranée sur notre pays par une jeunesse, la trentaine en moyenne d'âge qui n'a forcément pas connu la guerre de Libération' s'en offusquer' que nenni puisque ce film de 52 mn, ce condensé de montage de plusieurs Web docs, réalisé durant six semaines, l'été dernier, et bien imbriqués de façon cohérente a cette pertinence de faire entendre des voix qui se complètent, le reflet d'une vérité souvent dite à haute voix, et pas tout à fait cachée.
Disons-le franchement, «la société algérienne est malade», comme dira ce jeune homme dans le web doc de Hassan Ferhani, En remontant Cervantes. «L'Algérien a besoin de beaucoup d'amour» dira cette femme noire subsaharienne installée à Alger. Si d'aucuns ne se demandent plus ce que sera leur lendemain, sans doute morose, ils ont bien conscience de leur condition de vie et du statut que leur impose leur léthargie. Faut- il baisser les bras pour autant' Si pour Amina Zoubir il est impératif pour la femme de résister et se battre pour prendre sa place au milieu sociétal, pour Yanis Koussim dont le sujet La Nuit est révélateur de bien de tabous en Algérie, la faute n'incombe pas seulement aux dirigeants du pays mais la responsabilité se doit d'être partagée par le commun des mortels qui refusent de bouger «car cela l'arrange peut être quelque part'». Pour Liamine Amar-Khodja le plus «schizophrénique» du groupe, s'imposer en tant qu'individu et faire valoir son droit à la liberté d'expression au milieu de la masse est le plus important avant de se dire algérien et indépendant. C'est ce qui ressort à la vue de son web-doc 50 contre 1. Ce qui ressort de ces témoignages, est, en effet, cette lourde exaspération généralisée, de l'indignation, de la déception, en attestent ces propos crus sur la longue durée de construction du métro, qui a duré 30 ans. Un constat qui fera dire à un jeune homme qu'on devrait fêter aussi le métro, comme on célébrerait la fête de l'indépendance! Certains jeunes avec naïveté, désinvolture, sans se départir d'une pointe de cynisme avéré vous claqueront des vérités qui peuvent vous gêner, sur la triste réalité du pays. Il y a de tout pour faire un monde. Des oisifs banlieusards, des hittistes et d'autres encore qui se cachent le soir pour danser quand la mort rode comme un chacal à l'autre bout de la rue. Un hors champ que l'on devine bien. Et la femme dans tout ça' Toujours sujette à maintes spéculations. L'Algérie c'est cela, avec ses mille et un problèmes et contradictions joies et peines aussi. Ses richesses pétrolières et ses jeunes laissés-pour-compte, qui n'ont que le quartier pour se retrouver le soir, et épancher leurs soucis entre amis et voisins. Plus sévère dans sa vision est encore celle de Hassen Ferhani pour qui la destruction de la ville est un élément naturel du cercle de vie. Plus poétique sans en avoir l'air pour autant est le propos pertinent de Lamine Ammar-Khodja qui soutient dans son web-doc que la nostalgie est la douceur du présent... qu'a t-on fait et surtout que faisons-nous aujourd'hui pour améliorer notre train de vie et notre rapport avec autrui' Finalement, qu'est-ce que le cinquantenaire aujourd'hui si ce n'est cette «pause» que chacun devra faire dans sa vie, pour réfléchir et déterminer comment seront ses prochains 50 ans...le rétroviseur devant soi..
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com