Emeutes du logement, émeutes de la garde communale. La fin de semaine a été mouvementée en Algérie, malgré l'approche du Ramadhan. En cause, une absence de décision, sur des questions parfois banales, mais qui constituent une véritable poudrière quand la colère s'accumule.
Boufarik, jeudi 19 juillet. Les gardes communaux, qui veulent « monter » sur Alger, sont bloqués par d'importantes unités de gendarmerie. Plusieurs milliers d'entre eux participent à cette grande marche, la seconde depuis début juillet.
La gendarmerie a déployé les grands moyens. Barrages, véhicules anti-émeutes, hélicoptères, et un déploiement de force impressionnant bloque tous les itinéraires possibles. Visiblement, la consigne est de contenir coûte que coûte le mouvement, et d'empêcher à tout prix les protestataires de s'approcher d'Alger.
Ce bras de fer a une conséquence : l'autoroute Alger-Oran, que devaient emprunter les gardes communaux, est bloquée plusieurs heures à hauteur de Boufarik. Ce qui provoque une immense pagaille dans la circulation dans un périmètre de vingt kilomètres autour de Blida-Boufarik.
De Meftah à Megtaa Kheira, de Tessala Merdja jusqu'à Chebli, des milliers d'automobilistes tentent de trouver un itinéraire alternatif, mais sans résultat. Leur quête ne débouche que sur d'immenses embouteillages dans toutes les directions.
Une jeune chauffeur de l'entreprise d'eaux minérales Saïda se perd dans des routes qu'il ne connait visiblement pas et finit par provoquer un accident sur la route de Koléa. Kader, qui devait se rendre à Theniet El-Had, dans la wilaya de Tissmesilt, finit par revenir à Alger au bout de trois heures d'attente. Coincé sur l'autoroute, il ne peut accéder à aucune information. Dès qu'une brèche s'est présentée pour qu'il fasse demi-tour, il a rebroussé chemin. Des milliers d'automobilistes ont vécu les mêmes difficultés, à cause d'une crise à laquelle ils comprennent peu de chose.
Ceux qui ont dépassé Blida se sont retrouvés de nouveau bloqués à Khemis-Miliana, dans la wilaya de Aïn-Defla. Là, une émeute est organisée pour protester contre les listes contestées de bénéficiaires de logements sociaux. Dès l'entrée de Khemis-Miliana, côté sud, on voit les colonnes de fumées montant des barricades établies dans le quartier jouxtant la gare routière. De jeunes hommes, presque des enfants, poussent devant eux des pneus usagés, rejoignant à la hâte le lieu de la protestation. Pieds nus, zigzagant entre les véhicules, ils se hâtent, comme s'ils étaient convaincus de l'importance de leur rôle. « Contre la hogra », « nous aussi, on veut des logements », disent-ils, répétant des slogans entendus visiblement chez les adultes. « on attend depuis des années, et quand la distribution a enfin eu lieu, ce sont toujours les mêmes qui sont lésés », dit un habitant de ce quartier.
30.000 logements en attente de distribution
Entre Blida et Khemis-Miliana, le citoyen, y compris quand il n'est pas directement impliqué, subit les mêmes désagréments, causés par les mêmes émeutes, à cause d'une non gestion. Pour les gardes communaux, les fameux harass el-baladi qui ont fait face au terrorisme, servant de chair à canon, le gouvernement tergiverse depuis des années alors que ce corps fête bientôt ses vingt ans d'existence. Que faire de ces hommes qui ont combattu le terrorisme, qui ont appris le maniement des armes, et dont certains sont devenus des maitres dans la contre-guérilla, que faire d'eux alors que la paix revient ' Certes, la veille de la marche, le ministère de l'intérieur s'est engagé à prendre en charge les problèmes des gardes communaux dans leur intégralité. Mais il n'a agi que sous la pression, alors que le dossier est là depuis une décennie.
Il en est de même pour le logement. Des milliers de logements sont achevés, mais ne sont pas distribués, par crainte des émeutes, disent les uns ; ils attendent d'être distribués à la fin du troisième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, comme cela s'était passé en 2004 et 2009, disent des opposants. Mais plus le temps passe, plus ces logements cristallisent la colère, et la distribution donne inévitablement lieu à des émeutes.
Selon des informations de presse, le ministère de l'intérieur a même demandé à dix-huit walis des explications sur la non distribution de près de 30.000 logements, achevés mais non remis à leurs bénéficiaires. Le ministre aurait donné des instructions aux walis de distribuer ces logements avant la date anniversaire du cinquantenaire de l'indépendance, mais les walis ont préféré s'en tenir à une autre circulaire, antérieure, leur laissant le soin d'évaluer la conjoncture pour éviter les émeutes lors de la publication des listes de bénéficiaires. Les Offices de Promotion et de Gestion immobilières (OPGI, établissements publics de gestion de logements social) ont annoncé au début de l'année qu'ils disposent de 66.000 logements achevés, non distribués, alors que la crise du logement continue de frapper durement certaines franges.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.maghrebemergent.info