Alger - Revue de Presse

Gâchis



Berriane est malade et elle nous rend malades. Dans la confusion quirègne sur les causes de cette flambée de violence, on retiendra, bien sûr, lemanque de réactivité des autorités qui n'ont pas su déployer à temps leseffectifs nécessaires au maintien de l'ordre.Mauvaise appréciation de cette crise alors que le climatétait déjà pollué depuis des mois, faible communication, léthargie... Il y abeaucoup de questions à poser aux autorités sur la gestion des graves désordresqui ont endeuillé la ville. Comment l'Etat et ses structures de veille n'ontpas su prévenir une crise qui plonge l'opinion dans la consternation ? Berriane n'est pas une métropole gigantesque et elleprésente toutes les dimensions d'une ville aisément gérable. Le fait que cesdébordements de violence n'aient pas pu être prévenus d'abord, contenus ensuite,autorise légitimement les citoyens à se demander où est passé l'Etat...Car il ne s'agit pas d'accabler les forces de sécurité, maisde pointer une forme de gouvernance désuète qui ne saisit pas l'ampleur deschangements démographiques et sociaux, parfois brutaux, et leurs implications. Commentne pas être frappé de constater que dans une petite ville, les jeunes quis'affrontent ne se connaissent pas ou ne se connaissent plus ?A Berriane, les événements ontpris une tournure communautaire, mais ailleurs, dans les grandes villes, c'estautour des équipes de football que les fixations se font et que les vendettasse préparent. Allez, disons-le aux autorités si elles ne le savent déjà: lematch entre le RCK et l'USM El-Harrach du week-endprochain à Kouba s'annonce problématique au plan dela sécurité. Des passants à Kouba ont déjà reçu unavant-goût de ce qui risque d'arriver vendredi prochain. Avis donc auxautorités pour qu'une autre guerre des quartiers n'ait pas lieu.Comment est-on arrivé à ces régressions où l'administrationrecherche systématiquement, une fois l'incendie déclaré, des « sages » que pluspersonne n'écoute ? Il y a effectivement un grave problème de société où laviolence, à défaut d'être totalement délégitimée socialement, moralement etlégalement, a tendance à devenir le mode d'expression naturel, la voie depremier recours.Depuis 1988, la violence sociale, permanente et diffuse estun indicateur que les médiations existantes sont obsolètes et se révèlentinopérantes, sauf à servir de vache à lait à ceux qui y sont tapis. Or, cerenouvellement tarde à se produire. La crise des années 90 n'est pas résorbée. Ilse disait à l'époque que les Algériens avaient apporté de mauvaises réponses àde bonnes questions. Plus d'une décennie plus tard, force est de constater queles bonnes réponses ne viennent toujours pas. Le repli vers le quartier, l'équipede football, la tribu sont les signes cliniques d'un trouble grave.Il est de bon ton dans certains milieux de déplorerl'affadissement du sentiment national chez les jeunes. Mais on omet d'ajouterimmédiatement que rien ne leur est accordé. Car, en effet, le sentimentnational se nourrit d'un sentiment d'appartenance et d'une participationeffective à la vie de la nation.Plutôt qu'une ouverture démocratique sérieuse et ordonnéepermettant la structuration de la société, le renouvellement des médiations etune représentation authentique, on a choisi la voie censée être plus sûre del'immobilisme. C'est la pire des réponses pour une société de jeunes sansrepères et qui n'arrivent toujours pas à imaginer un avenir.
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