Dans les années 1980, une édition de l'hebdomadaire Algérie-Actualités fut passée au pilon et réimprimée parce que sa «une» comprenait ' pour la première fois en Algérie ', une caricature d'un président de la République, en l'occurrence Chadli Bendjedid.
Son auteur, Slim, qui sévit toujours, le montrait en train d'inaugurer la station de métro Chadli-Les Halles, en allusion à celle de Paris, Chatelet-Les Halles. On raconte que le Président n'en sut jamais rien' C'est dire qu'à l'époque déjà, le métro était entré dans l'imaginaire collectif, comme un rêve dont on ne se doutait pas alors du long et difficile accouchement.
Cette longueur et cette difficulté sont celles de notre histoire : première ébauche en 1928 par les autorités coloniales, abandonnée en raison de la lourdeur de l'investissement ; reprise de l'idée en 1959, abandonnée aussi du fait de la guerre d'indépendance mais aussi de l'exploitation du pétrole encourageant les carburants ; environ dix ans après l'indépendance, l'idée ressurgit ; dix ans plus tard, première étude ; dix ans encore pour le premier coup de pioche contrarié par la dégringolade du prix du pétrole puis la tragique décennie ! Ajoutez là-dessus notre cholestérol bureaucratique. Oui, la belle machinerie souterraine porte les marques de notre destin. Mais, en dehors de ce rapport à l'histoire, comment expliquer son terrible anonymat culturel qui jure sur la joie des usagers '
On s'est contenté globalement de reprendre les noms des quartiers pour baptiser les stations, comme si nous étions handicapés de symbolique et d'imaginaire. A moins que ce choix (ou ce non-choix) ne soit justifié par un souci de pédagogie initiale de l'itinéraire ' Réplique de l'esprit de néant de l'aéroport d'Alger, l'univers de ce métro est dépourvu de toute trace d'algérianité, sinon celle des êtres humains qui le peuplent. N'avons-nous d'autre image à offrir à nous-mêmes et aux autres sinon celle des technologies que nous avons importées ' Jusqu'aux costumes des agents copiés de ceux de la RATP de Paris quand on pense que, durant la colonisation, les traminots de la RSTA avaient fait grève pour garder leur chéchia stamboul avec, dessus, les quatre lettres de leur régie en cuivre !
Des artistes algériens ont décoré des stations de métro à l'étranger : Hamsi Boubekeur, celle de Lemonnier au centre de Bruxelles (1998) et Mahdjoub Ben Bella, celle de Colbert à Tourcoing (2000). N'y aurait-il pas des artistes en Algérie ou ailleurs pour concevoir, dans les conditions d'un véritable concours international, des créations contemporaines inspirées de notre patrimoine, et ' pitié ! ', pas ces pâles sous-copies néo-mauresques que l'on impose partout, souvent à coups de céramiques médiocres, comme notre carte d'identité culturelle '
Les Algériens sont heureux de prendre le métro chez eux, mais ils aimeraient sans doute s'y sentir chez eux.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Farhani
Source : www.elwatan.com