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Fronton : Le café, les bulls et l'oued Arts et lettres : les autres articles



Il y avait là un café, parmi les plus vieux d'Algérie, avec de belles arcades portées par de fines colonnes torsadées et, au-dessus, ces faïences blanches et vertes en triangles ou en zigzags. On peut le voir sur des gravures anciennes ou des cartes postales de collection, avec sa clientèle en costumes traditionnels. Un café «maure» comme disait le lexique colonial. Maure peut-être, mais pas mort. Car ces établissements regorgeaient de vie et d'animation, ultimes refuges de la société «indigène» qui s'était vue privée, à partir de 1830, de nombre de ses mosquées et medersas, du quartier des libraires d'Alger, la Kaïssaria, rasée sans sommation, et même de ses spectacles de garagouz et théâtres d'ombres jugés subversifs.
Autour de ce café, restaient quelques maisons affirmant un ensemble architectural de la période ottomane. Il n'en demeure plus qu'une, un peu plus haut sur la route, râpée par le temps mais encore magnifique. Cet ancien café donc, ferma un jour, périclita quelques années avant d'être recouvert et transformé en magasin. Puis, d'autres magasins, des étals de fruits et légumes aux «mobileries» (il faut bien une enseigne aux vendeurs de portables), surgirent aux alentours. Ainsi furent utilisés les restes d'un ancien caravansérail d'Alger qui devait son existence à la présence de l'amont de l'Oued Kniss dont l'eau permettait d'abreuver les bêtes et d'étancher la soif des hommes venus commercer à El Djezaïr.
Mardi 6 décembre, les mâchoires des bulldozers sont venues dévorer ces restes d'histoire bidonvillisée situés au Val d'Hydra. On a parlé alors de modernisation urbaine et même d'un futur tunnel entre le Palais du Peuple et cet endroit... Bien sûr qu'Alger doit se moderniser. Bien sûr aussi, rénover ses infrastructures et ses équipements. Bien sûr encore, se débarrasser de ses goulots d'étranglement et de ses îlots de pagaïe urbaine. Mais elle doit préserver son âme, comme les véritables métropoles du monde. Savait-on que derrière les devantures sordides du rond-point se cachaient ces restes d'histoire '
Question inutile lorsqu'on a laissé construire en face une cité résidentielle, tristement immense et immensément triste, étranglant l'aqueduc construit par Moussa El Andaloussi au XVIIe siècle, classé par la suite et in extremis au patrimoine national et conforté en attendant sa restauration. On y a ajouté plus tard le siège du ministère de l'Energie et des Mines, à cheval sur l'entrée de cette cité (cas unique au monde), dans un espace étriqué, indigne de cette institution, et avec une architecture prétendue authentique mais n'étant qu'une pâle copie du style néo-mauresque colonial.
A l'occasion de ces récentes démolitions, on a sagement invoqué le risque qui pèse sur les constructions effectuées sur des lits d'oueds. Rassurez-vous, l'argument ne concerne pas bien sûr la cité ni le siège du ministère à droite duquel des grilles laissent entendre, au-dessous, le flot impétueux et inquiétant de l'oued !
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