
J'ai plusieurs fois exhorté mes enfants à apprendre le chinois. Ils ne m'ont pas écouté pour l'instant, mais je ne désespère pas de les convaincre. C'est déjà la première langue du monde puisque sa principale version, le chinois mandarin, est parlée par plus de 850 millions de locuteurs. Mais le poids grandissant de ce pays dans la vie de la planète réserve à sa langue et sa culture un autre avenir. En effet, l'histoire a régulièrement prouvé que c'est celui qui crée qui nomme et impose ainsi sa langue. C'est bien pour cela, par exemple, que le mot «algèbre» vient de l'arabe'Vous avez sans doute noté que la Chine a participé pour la première fois au Salon international du Livre d'Alger ' qui s'achève aujourd'hui ' proposant aux visiteurs des ouvrages en langues arabe et française. Cette présence, qui résulte sans doute de la coopération bilatérale, traduit aussi une vaste offensive culturelle dans le monde. Une offensive qui vient contrebalancer des siècles d'européocentrisme qui ont appauvri la diversité culturelle du monde. Pour peu que cela ne débouche pas à long terme sur un sino-centrisme, ma foi, quoi de plus stimulant '
Il devenait en tout cas impensable que le SILA, pour justifier son «I», se passe de la Chine qui, subrepticement ' comme dans tant d'autres domaines ' occupe désormais la première place de l'édition mondiale avec 6 milliards de livres par an. Dans la ligne de ses engagements avec l'OMC, la Chine a ouvert son marché du livre aux investissements étrangers en 2004 et, déjà, 60 s'y sont réalisés. Une manière d'avoir les coudées franches pour aller vers le monde.
Et, pour cela, la Chine dispose d'une formidable machine : 55 groupes énormes aux filiales multiples, avec, parmi eux, le Groupe de publication internationale qui comprend, entre autres, sept maisons d'édition publiant chaque année près de 1000 nouveaux titres en une vingtaine de langues étrangères ! Sa filiale, la Société de commerce international du Livre, distribue déjà des livres et périodiques dans plus de 80 pays.
Le jour de l'An hégirien a coïncidé cette année avec la tenue du SILA, rappelant peut-être à certains fidèles le fameux hadith : «Va chercher le savoir, fut-ce en Chine». Il est clair, en tout cas, que si nous n'allons pas vers elle, la Chine viendra à nous.
En 2006, ce pays avait prévu d'installer, en quatre ans dans le monde, 100 Instituts Confucius, structures consacrées essentiellement, mais non exclusivement, à l'apprentissage de la langue. A l'échéance, il y en avait 316 implantés dans 94 pays' Comme disait Confucius lui-même dans ses fameux Entretiens : «Dépasser les limites n'est pas un moindre défaut que de rester en deçà» ! Mais le sage parlait bien des limites et non des objectifs. Il me reste à espérer que mes propres enfants liront cette chronique, nouvelle exhortation, et que mes lecteurs et lectrices la méditeront.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Ferhani
Source : www.elwatan.com