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Fronton



Fronton
Qui se souvient encore du premier livre qu'il a lu, enfant ' Cette incroyable découverte qu'une simple surface de papier couverte de mots peut être le sésame de tout un monde, immense, habité, animé... Ce pouvoir de se téléporter, sans quitter sa place, vers de multiples Ailleurs et vers tant d'Autres... J'ai beau me creuser la mémoire jusqu'à la moelle, impossible de me souvenir précisément de ce premier texte ! Je sais en revanche que l'émotion était si forte qu'elle a dû en effacer le titre, l'auteur et le sujet.La semaine dernière, je parlais ici de ces choses discrètes essaimées çà et là dans les allées du dernier Salon international du livre d'Alger. Parmi elles, dans le petit stand d'une petite maison d'édition, El Ibriz, un petit conte disponible en versions arabe et française, Le Puits mystérieux, d'Imène Mebarki, artiste peintre, illustratrice et auteure.Passée inaperçue, cette ?uvre a pourtant reçu le 22 octobre dernier, soit une semaine avant le SILA, le prix Saint-Exupéry-Valeurs Jeunesse qui existe depuis 1987 en France avec un fonctionnement très original. En effet, sa présélection est assurée par un comité de 16 adultes, mais son attribution revient à un jury de 41 enfants.C'est la première fois depuis vingt-sept ans que l'Algérie figure au palmarès de ce prix qui s'attache à perpétuer l'esprit du Petit Prince, best-seller aux 150 millions d'exemplaires traduit en 270 langues ! Quand on pense que lorsque ce chef-d'?uvre mondial fut publié à New York en 1943, son auteur était revenu alors à Alger, là-même où il avait commencé à le rédiger durant l'hiver 1939. En glanant ce prix, Imène Mebarki et les éditions El Ibriz ont donc fait là un beau coucou au célèbre écrivain-pilote.Loin des livrets de coloriage de mauvaise qualité, aux personnages généralement volés à Walt Disney ou à d'autres, et que leurs «créateurs» font passer pour du parascolaire, il existe en Algérie un véritable potentiel qui pourrait donner lieu à de formidables éditions enfantines. Ecrivains, conteurs, traducteurs, peintres et dessinateurs de BD, etc. Pour peu que leurs ambitions ou leurs gloires ne les amènent pas à négliger les «lecteurs de demain».L'enjeu est majeur pour la culture dans notre pays et pour l'équilibre de la société, comme a pu le souligner cette année enfin le SILA. L'organisation d'une journée sur l'école et le livre, la venue de dizaines de milliers d'écoliers à la manifestation, les rencontres avec les élèves de lycées d'Alger de douze écrivains algériens et étrangers du SILA, le retour envisagé de la littérature algérienne dans les manuels scolaires (aujourd'hui quasi inexistante dans un terrible déni de soi !), etc. C'est avec de telles perspectives que l'on peut espérer sortir un jour du «puits mystérieux» où nous ont plongés les convoitises, fainéantises et bêtises nées des «puits dispendieux» du pétrole. Hier comme aujourd'hui, l'énergie du monde est d'abord dans le savoir et la culture. Et celle-ci dans les enfants d'abord.


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