
Il se passe tant de choses au Salon international du livre d'Alger. Certaines grandes et visibles, d'autres petites et discrètes. Parfois, les secondes peuvent l'emporter en profondeur et en impact sur les premières.Tenez, comme ce beau groupe d'étudiantes et d'étudiants de l'Ecole nationale polytechnique d'Alger qui arpentaient les allées pour inviter des écrivains dans leur établissement. Une initiative de The Polyreaders Club créé au sein de l'association scientifique El Maârifa.Le but de ce club estudiantin est de «réunir les amoureux du livre autour d'activités diversifiées afin de maintenir éveillée leur passion commune pour la littérature».On y adhère en apportant un livre qui donne accès à la bibliothèque du club et à ses programmes : séances de lecture, ateliers d'écriture, rencontres avec des auteurs, échange et partage d'idées? Mais, diront certains, que vient donc faire tout cela dans un temple voué aux sciences exactes ' Un des drames profonds de notre système éducatif (et de notre société) est bien d'avoir éloigné le monde du savoir de celui de l'imagination.On produit ainsi des scientifiques généralement sans profondeur culturelle et des «littéraires» généralement déconnectés de toute rationalité. Pourtant, l'histoire et le présent nous montrent que les sciences et les techniques ne peuvent s'épanouir sans l'imaginaire. Longue vie donc à ce club qui affiche un slogan audacieux : «Polyreaders, tomorrow's leaders». Ils ont tout compris : le rêve est bien la boussole du savoir et le livre en est une véritablement.Boussole, c'est aussi le titre du dernier roman de Mathias Enard qui vient d'obtenir le prestigieux Prix Goncourt (lire son interview dans notre édition du 31/10/15) après avoir fait sensation au SILA, notamment en donnant une conférence en arabe sur son amour de la langue d'El Mutanabbi. Avant qu'il ne quitte Alger, nous lui avions affirmé que la ville portait bonheur, lui relatant l'anecdote du grand réalisateur allemand Win Wenders qui, en compagnie de notre confrère Azzedine Mabrouki et de nous-mêmes, avait visité La Casbah en 1984, finissant la balade par un v?u confié à Sidi Abderrahmane Ethaâlibi, patron spirituel de la ville. Juste après, il recevait la Palme d'Or pour son Paris-Texas et envoyait cette carte postale où il nous affirmait que «les saints d'Algérie sont les plus efficaces au monde !» Les tout premiers mots de Mathias Enard à la réception de son prix ont été pour Alger et Sidi Abderrahmane qu'il faisait ainsi entrer par effraction dans le saint des saints de l'Académie Goncourt.Espérons qu'Alger puisse aussi porter bonheur aux créateurs de notre pays comme l'a esquissé la première édition du Prix Assia Djebar du roman décerné mercredi dernier. En tout état de cause et avec tout notre respect pour Sidi Abderrahmane, le travail et le talent demeurent les boussoles les plus recommandées pour se placer sur l'axe magnétique de la réussite.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Farhani
Source : www.elwatan.com