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Fronton



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Finalement, le grand mimosa au bas de mon immeuble a consenti à fleurir, inondant l'espace de ses éclatants confettis jaunes. Il doit avoir de l'influence, car tous ses cousins de la ville en ont fait autant. Mais cette belle éclosion a vite été dissipée par le décès de Sid Ali Kouiret. Notre confrère, Mohamed Kali, parle de lui ici avec pertinence et émotion (lire p. 16).Quelques souvenirs, tels que celui d'une soirée mémorable avec des amis où Kouiret entonna un chant en chinois cantonais. Il en avait appris les paroles vers la fin des années cinquante, lors de la tournée de la Troupe artistique du FLN dans la Chine de Mao Tsé Toung et ne les avait jamais oubliées. Il évoqua l'étonnement des publics chinois et le succès de cette interprétation. J'y pense toujours quand quelqu'un me fait part de son admiration pour la facilité des travailleurs chinois présents en Algérie à parler algérien.A l'époque du Gouvernorat du Grand-Alger, Sid Ali Kouiret avait réussi à se faire accorder l'usage du Roxy, rue du capitaine Mennani, là même où Kateb Yacine avait lancé son théâtre populaire. Mais il n'avait pu avoir accès à la salle incluse à ce jour dans le siège de l'ANEM (Agence nationale de l'emploi), par ailleurs horriblement exigu. Sid Ali ne travaillait plus beaucoup pour le cinéma, la production ayant chuté. Et, même s'il aimait le grand écran qui le lui a peu rendu (à peine dix films dans sa longue carrière), il espérait revenir au théâtre, monter une troupe, former de jeunes comédiens et attirer le public.Pendant des années il a porté sur lui cette lettre de concession de la salle, jusqu'à ce qu'elle jaunisse avec son espoir. Mais avec sa gouaille et sa bonhomie, il trouvait le moyen d'en rire et de se moquer d'une agence de l'emploi qui, disait-il, empêchait les artistes de travailler. Le moyen d'en rire et la force aussi, car l'humour reste, comme les Algériens et les Algériennes l'ont montré en leurs pires moments, une forme profonde de résistance contre l'adversité.Alors que se prépare la deuxième édition de Algé-Rires Comedy (13-16 mai 2015, palais de la Culture Moufdi Zakaria), on peut penser à son ancêtre défunt, le Festival du rire de Bou Ismaïl, créé en 1984, ainsi qu'à l'actuel Festival du théâtre comique de Médéa. Trop rares sont les expressions culturelles qui mettent en scène l'humour pourtant présent dans notre société sous de multiples formes : la plaisanterie, l'ironie, la moquerie, la dérision, l'autodérision, la satire, le sarcasme?C'est un peu comme pour Kouiret qui a surtout été employé dans des rôles de héros historique, de gros bras ou de fort en gueule mais dont le registre d'interprétation autorisait, comme il a pu le montrer, plusieurs subtilités, y compris comiques. Son rire continuera à résonner dans ma mémoire et je m'efforcerai de ne pas rire jaune comme mon voisin mimosa ou ce bout de papier inutile qui traîna des années dans la poche de Sid Ali.


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