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Fronton



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Petite histoire : une cons?ur, attirée par le programme Ciné-Bladi, organisé par l'AARC en partenariat avec Arts et Culture, s'est rendue à la salle Ibn Khaldoun pour y voir un film algérien récent, puisque cette initiative vise à promouvoir les nouvelles productions. Un peu en retard, elle s'installe avant qu'une scène plus lumineuse sur l'écran n'éclaire la salle obscure. Elle découvre alors qu'il n'y a que deux autres spectateurs. A la fin du film, elle se retrouve seule, un peu inquiète et fortement déçue.Bien sûr, elle a pensé à d'autres temps qui ont été évoqués dans la dernière livraison de l'émission «Culture Club» de Karim Amiti, sur Canal Algérie. Sujet : le cinquantenaire de la Cinémathèque algérienne. J'ai eu le plaisir d'y participer avec Ahmed Bedjaoui, spécialiste incontournable du 7e art, Lyes Semiane, directeur de la Cinémathèque, et Khaled Barkat, chanteur connu et réalisateur d'un premier film, Titi, d'ailleurs au programme de Ciné-Bladi.Après les rappels sur la période pionnière de la Cinémathèque, longtemps considérée comme la deuxième au monde, la question de la désaffection des publics s'est posée d'elle-même. Ensemble, nous avons identifié trois causes principales. La première est l'émergence de la «culture d'appartement», dixit le sociologue Hadj Miliani. Chaînes spécialisées, DVD, téléchargements, streaming, home-cinéma, etc La consommation audiovisuelle intra-muros est mondiale mais, chez nous, elle a connu une extension énorme durant la décennie noire et ses couvre-feux réels ou ressentis.Deuxième raison : les bouleversements urbains. L'implantation des salles ? ou ce qu'il en reste ? est celle de l'époque coloniale. Pour la capitale, devenue mégapole, au moins deux tiers de la population résident aujourd'hui en périphérie, loin de l'ancien centre. Pour un habitant de Bab Ezzouar, de Aïn Naâdja ou de Baïnem, aller au cinéma au c?ur d'Alger, représente une expédition.Angoisse du stationnement, insuffisance des transports publics (le réseau métro-tramway ne couvre encore que la ligne de la baie), éclairages blafards, sentiment d'insécurité? Troisième raison : la plupart des salles existantes sont conçues à l'ancienne avec beaucoup de places pour un seul écran. Or, dans le monde entier, on a basculé vers les multiplex (plusieurs petites salles au même endroit), souvent en périphérie et dans des ensembles offrant la possibilité de se garer, de choisir un film puis de dîner ou prendre une glace. Plus qu'auparavant, le cinéma est devenu motif de sortie en groupe, en famille...Aucun fait n'a qu'une seule cause, ni même trois. Et le cinéma est bien tout un cinéma ! Historique, sociologique, urbanistique, médiatique, économique, comportemental et, bien sûr, artistique. On ne peut y réfléchir qu'avec une vision cinémascopique. Soit sur le grand écran de la société et en tenant compte de tous les changements que nous avons vécus et vivons.


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